Nous vivons un moment passionnant, une crise qui accélère la mutation de notre quotidien. Bien évidemment, après le confinement, la vie va reprendre… mais les choses ne seront plus tout à fait identiques. Nombre d’entre vous conserveront ces nouvelles habitudes prises pendant ces quelques jours de pause. Certains adopteront définitivement, au moins partiellement, le télétravail, d’autres ne retourneront plus dans un supermarché après avoir testé le « drive » et découvert des circuits de vente directe, ou encore relativiseront l’urgence permanente de certaines de nos activités inutiles.
Plus généralement, cette crise nous oblige à nous poser des questions sur notre manière de vivre et de consommer. Ainsi, les mutations en cours pourraient voir leur adoption accélérée par la population. Personne n’est aujourd’hui capable de savoir ce qu’il en ressortira, mais il semble acquis que l’après coronavirus ne sera pas totalement comme l’avant.
Essayons de comprendre ce changement. Je vous propose une forme de revue d’analyse et de prospective. 3 réflexions :

  • 1- La crise du coronavirus pourrait accélérer la fin d’un monde et la naissance d’un nouveau. Nous sommes arrivés au bout de 2 phénomènes interdépendants : l’hypermondialisation et l’hypermétropolisation. L’avenir doit prendre ses racines dans nos territoires – Pierre SABATIER – PRIMEVIEW

  • 2 – Cette tempête passera. Mais les choix que nous faisons maintenant pourraient changer nos vies pour les années à venir Yuval Noah Harari.

Extrait d’un article passionnant publié en Anglais sous le titre « Yuval Noah Harari: the world after coronavirus« 

« L’humanité est aujourd’hui confrontée à une crise mondiale. Peut-être la plus grande crise de notre génération. Les décisions que les citoyens et les gouvernements prendront au cours des prochaines semaines façonneront probablement le monde pour les années à venir. Ils façonneront non seulement nos systèmes de santé, mais aussi notre économie, notre politique et notre culture. Nous devons agir rapidement et de manière décisive. Nous devons également prendre en compte les conséquences à long terme de nos actions. Lorsque nous choisissons entre des alternatives, nous devons nous demander non seulement comment surmonter la menace immédiate, mais aussi quel genre de monde nous habiterons une fois la tempête passée. Oui, la tempête passera, l’humanité survivra, la plupart d’entre nous seront toujours en vie – mais nous habiterons un monde différent. 

De nombreuses mesures d’urgence à court terme deviendront un élément essentiel de la vie. Telle est la nature des urgences. Ils accélèrent les processus historiques.

Les décisions qui, en temps normal, pourraient prendre des années de délibération sont prises en quelques heures. Des technologies immatures et même dangereuses sont mises en service, car les risques de ne rien faire sont plus importants. Des pays entiers servent de cobayes dans des expériences sociales à grande échelle. Que se passe-t-il lorsque tout le monde travaille à domicile et ne communique qu’à distance? Que se passe-t-il lorsque des écoles et des universités entières se connectent?

En temps normal, les gouvernements, les entreprises et les commissions scolaires n’accepteraient jamais de mener de telles expériences. Mais ce ne sont pas des heures normales.  En cette période de crise, nous sommes confrontés à deux choix particulièrement importants. Le premier se situe entre la surveillance totalitaire et l’autonomisation des citoyens. Le deuxième est entre l’isolement nationaliste et la solidarité mondiale. 

Surveillance sous la peau

Afin de stopper l’épidémie, des populations entières doivent se conformer à certaines directives. Il existe deux principaux moyens d’y parvenir. Une méthode consiste pour le gouvernement à surveiller les gens et à punir ceux qui enfreignent les règles. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la technologie permet de surveiller tout le monde en permanence.

Il y a cinquante ans, le KGB ne pouvait pas suivre 240 millions de citoyens soviétiques 24 heures sur 24, et le KGB ne pouvait pas non plus espérer traiter efficacement toutes les informations recueillies. Le KGB comptait sur des agents humains et des analystes, et il ne pouvait tout simplement pas placer un agent humain pour suivre chaque citoyen. Mais maintenant, les gouvernements peuvent compter sur des capteurs omniprésents et des algorithmes puissants au lieu de fantômes de chair et de sang. 

Dans leur combat contre l’épidémie de coronavirus, plusieurs gouvernements ont déjà déployé les nouveaux outils de surveillance. Le cas le plus notable est la Chine. En surveillant de près les smartphones des gens, en utilisant des centaines de millions de caméras de reconnaissance faciale et en obligeant les gens à vérifier et à signaler leur température corporelle et leur état de santé, les autorités chinoises peuvent non seulement identifier rapidement les porteurs de coronavirus suspectés, mais également suivre leurs mouvements et identifier toute personne avec laquelle ils sont entrés en contact. Une gamme d’applications mobiles avertit les citoyens de leur proximité avec les patients infectés. 

La police du savon

Demander aux gens de choisir entre l’intimité et la santé est, en fait, la racine même du problème. Parce que c’est un faux choix. Nous pouvons et devons jouir de l’intimité et de la santé. Nous pouvons choisir de protéger notre santé et d’arrêter l’épidémie de coronavirus non pas en instituant des régimes de surveillance totalitaires, mais plutôt en responsabilisant les citoyens. Ces dernières semaines, certains des efforts les plus réussis pour contenir l’épidémie de coronavirus ont été orchestrés par la Corée du Sud, Taïwan et Singapour. Bien que ces pays aient fait un certain usage des applications de suivi, ils ont beaucoup plus compté sur des tests approfondis, sur des rapports honnêtes et sur la coopération volontaire d’un public bien informé.  La surveillance centralisée et les sanctions sévères ne sont pas le seul moyen de faire respecter les directives bénéfiques. Lorsque les gens sont informés des faits scientifiques et que les gens font confiance aux autorités publiques pour leur dire ces faits, les citoyens peuvent faire la bonne chose même sans qu’un Big Brother veille sur leurs épaules.

Une population motivée et bien informée est généralement beaucoup plus puissante et efficace qu’une population policière et ignorante. 

Nous avons besoin d’un plan global

Le deuxième choix important auquel nous sommes confrontés est entre l’isolement nationaliste et la solidarité mondiale. L’épidémie elle-même et la crise économique qui en résulte sont des problèmes mondiaux. Ils ne peuvent être résolus efficacement que par une coopération mondiale.  Tout d’abord, pour vaincre le virus, nous devons partager des informations à l’échelle mondiale.

C’est le gros avantage des humains sur les virus. Un coronavirus en Chine et un coronavirus aux États-Unis ne peuvent pas échanger des conseils sur la façon d’infecter les humains. Mais la Chine peut enseigner aux États-Unis de nombreuses leçons précieuses sur le coronavirus et comment y faire face. Ce qu’un médecin italien découvre à Milan tôt le matin pourrait bien sauver des vies à Téhéran le soir. Lorsque le gouvernement britannique hésite entre plusieurs politiques, il peut demander conseil aux Coréens qui ont déjà fait face à un dilemme similaire il y a un mois. Mais pour que cela se produise, nous avons besoin d’un esprit de coopération et de confiance mondiales. 

La coopération mondiale est également vitale sur le plan économique. Étant donné la nature mondiale de l’économie et des chaînes d’approvisionnement, si chaque gouvernement fait sa propre chose au mépris des autres, le résultat sera le chaos et une crise qui s’aggrave. Nous avons besoin d’un plan d’action mondial et nous en avons besoin rapidement. 

Malheureusement, à l’heure actuelle, les pays ne font pratiquement rien de tout cela. Une paralysie collective a saisi la communauté internationale. Il ne semble y avoir aucun adulte dans la chambre. On se serait attendu à voir, il y a déjà quelques semaines, une réunion d’urgence des dirigeants mondiaux pour élaborer un plan d’action commun. Les dirigeants du G7 n’ont réussi à organiser une vidéoconférence que cette semaine, et cela n’a abouti à aucun plan de ce type.  Lors des crises mondiales précédentes – comme la crise financière de 2008 et l’épidémie d’Ebola de 2014 – les États-Unis ont assumé le rôle de leader mondial. Mais l’administration américaine actuelle a abdiqué le poste de leader. Il a été très clair qu’il se soucie beaucoup plus de la grandeur de l’Amérique que de l’avenir de l’humanité. 

 

  • 3- Chaque épidémie majeure, depuis mille ans, a conduit à des changements essentiels dans l’organisation politique des nations, et dans la culture qui sous-tendait cette organisation. Jacques Attali

Extrait d’un article publié sous le titre « Que naitra t’il ?  »

Chaque épidémie majeure, depuis mille ans, a conduit à des changements essentiels dans l’organisation politique des nations, et dans la culture qui sous-tendait cette organisation. Par exemple, (et sans vouloir réduire à néant la complexité de l’Histoire), on peut dire que la Grande Peste du 14ème siècle, (dont on sait qu’elle réduisit d’un tiers la population de l’Europe) a participé à la remise en cause radicale, sur le vieux continent, de la place politique du religieux, et à l’instauration de la police, comme seule forme efficace de protection de la vie des gens. L’Etat moderne, comme l’esprit scientifique, y naissent alors comme des conséquences, des ondes de choc, de cette immense tragédie sanitaire. L’un et l’autre renvoient en fait à la même source : la remise en cause de l’autorité religieuse et politique de l’Eglise, incapable de sauver des vies, et même de donner un sens à la mort. Le policier remplaça le prêtre.

Il en alla de même à la fin du 18ème siècle, quand le médecin remplaça le policier comme le meilleur rempart contre la mort.

On est donc passé en quelques siècles d’une autorité fondée sur la foi, à une autorité fondée sur le respect de la force, puis à une autorité plus efficace, fondé sur le respect de l’Etat de droit.

On pourrait prendre encore d’autres exemples et on verrait que, à chaque fois qu’une pandémie ravage un continent, elle discrédite le système de croyances et de contrôle, qui n’a su empêcher que meurent d’innombrables gens ; et les survivants se vengent sur leurs maîtres, en bouleversant le rapport à l’autorité.

Aujourd’hui encore, si les pouvoirs en place en Occident se révélaient incapables de maîtriser la tragédie qui commence, c’est tout le système de pouvoir, tous les fondements idéologiques de l’autorité qui seraient remis en cause, pour être remplacés, après une période sombre, par un nouveau modèle fondé sur une autre autorité, et la confiance en un autre système de valeur.

Autrement dit, le système d’autorité fondé sur la protection des droits individuels peut s’effondrer. Et avec lui, les deux mécanismes qu’il a mis en place : le marché et la démocratie, l’un et l’autre des façons de gérer le partage des ressources rares, dans le respect des droits des individus.

Si les systèmes occidentaux échouent, on pourrait voir se mettre en place non seulement des régimes autoritaires de surveillance utilisant très efficacement les technologies de l’intelligence artificielle, mais aussi des régimes autoritaires de répartition des ressources. (Cela commence d’ailleurs dans les lieux les moins préparés et les plus insoupçonnés : A Manhattan, nul, hier n’avait le droit d’acheter plus que deux paquets de riz).

Heureusement, une autre leçon de ces crises, est que le désir de vivre est toujours le plus fort ; et que, à la fin, les humains renversent tout ce qui les empêche de jouir des rares moments de leur passage sur la terre.

Aussi, quand l’épidémie s’éloignera, verra-t-on naître, (après un moment de remise en cause très profonde de l’autorité, une phase de régression autoritaire pour tenter de maintenir les chaînes de pouvoir en place, et une phase de lâche soulagement), une nouvelle légitimité de l’autorité ; elle ne sera fondée ni sur la foi, ni sur la force, ni sur la raison (pas non plus, sans doute, sur l’argent, avatar ultime de la raison).

Le pouvoir politique appartiendra à ceux qui sauront démontrer le plus d’empathie pour les autres. Les secteurs économiques dominants seront d’ailleurs aussi ceux de l’empathie : la santé, l’hospitalité, l’alimentation, l’éducation, l’écologie. En s’appuyant, bien sûr, sur les grands réseaux de production et de circulation de l’énergie et de l’information, nécessaires dans toute hypothèse.

On cessera d’acheter de façon frénétique des choses inutiles et en reviendra à l’essentiel, qui est de faire le meilleur usage de son temps sur cette planète, qu’on aura appris à reconnaître comme rare et précieux. Notre rôle est de faire en sorte que cette transition soit la plus douce possible, et non un champ de ruines. Plus vite on mettra en œuvre cette stratégie, plus vite on sortira de cette pandémie, et de la terrible crise économique qui s’en suivra.

 
A suivre …
 

Leblogpatrimoine.com vous conseille dans la gestion de votre patrimoine
Bilan patrimonial
  • Conseil en gestion de patrimoine INDÉPENDANT
  • Un tarif unique de 89€ TTC, sans surprise
Découvrir le service
Assistance patrimoniale
  • Un abonnement pour un accompagnement patrimonial PREMIUM
  • Un tarif unique de 350€ / mois, sans surprise, sans engagement de durée
Découvrir le service
Livres et formations

3 livres pour vous former et apprendre à gérer votre patrimoine

Découvrir les livres

187 commentaires