Il est toujours très intéressant d’approfondir les statistiques de l’INSEE pour mieux comprendre les enjeux patrimoniaux. Analysons aujourd’hui la composition moyenne du patrimoine des Français au début de l’année 2015.
Quel taux de détention des différents actifs patrimoniaux par les Français ?
En 2015, 62.7% des ménages détiennent un bien immobilier, dont 58.9% leur résidence principale. Seul 18% des ménages détiennent une autre logement tel une résidence locative ou une résidence secondaire.
En 2015, 90% des ménages détiennent un actif financier (placement bancaire, livret, assurance vie, PEA, …) dont :
– 44.2% des ménages détiennent un contrat d’assurance vie (contre seulement 40.9% en 1998) ;
– 16.5% des ménages détiennent des valeurs mobilières en direct contre seulement 21.2% en 1998. Vous noterez le basculement des valeurs mobilières au profit de l’assurance vie. La très lourde taxation des plus values dans les comptes titres est probablement une explication à ce transfert de fonds ;
– 14.5% des ménages détiennent de l’épargne salariale contre 12.7% en 1998. L’évolution ne semble pas à la hauteur de la communication anxiogène des commerciaux d’épargne salariale à « pousser » les travailleurs à préparer leur retraite ;
– 32.2% des ménages (contre 40.9% en 1998) détiennent de l’épargne logement.
Le taux de détention des actifs financiers selon les revenus des ménages.
De manière intuitive, le taux de détention des actifs complexes (immobilier locatif, résidence secondaire, valeurs mobilières, épargne retraite) augmente avec les revenus. Il est difficile de détenir certains actifs en deçà d’un certain niveau de revenu CQFD.
Le taux de détention des actifs financiers selon l’âge
La détention des actifs immobiliers décroît avec l’âge et cela à partir de la tranche d’âge 60-69 ans. Cette statistique confirme le chiffre de 56 ans que nous vous présentons depuis plusieurs année : 56 ans, c’est l’âge charnière à partir duquel les Français sont vendeurs net d’immobilier. Avant 56 ans, les Français sont acheteurs net d’immobilier (acheteur net = il y a plus d’acheteurs que de vendeurs de biens immobiliers).
Ainsi, dans la perspective d’une population vieillissante, le nombre de vendeur net d’immobilier devrait continuer à augmenter jusqu’en 2030 créant un déséquilibre entre acheteur et vendeur. L’importance de nombre de vendeur pourrait peser sur l’évolution future des prix de l’immobilier (cf »Primeview confirme une baisse de 30% des prix de l’immobilier dans 5 à 10 ans. et Prix de l’immobilier, l’incidence de la pyramide des âges sur l’offre et de la demande de logement.).
Néanmoins, le développement de la domotique dans l’immobilier ou autre maison connectée et l’allongement de la durée de vie, le recul de l’âge de départ à la retraite, pourrait modifier cet âge pivot.
Dans son analyse, l’INSEE pointe la non-confirmation de la prédiction centrale du cycle de vie de l’épargne. En effet, le taux de détention des actifs patrimoniaux ne devrait il pas baisser après le départ à la retraite et la nécessaire consommation du patrimoine pour maintenir le niveau de vie des retraités ?
André Masson, dans un article publié en 2010 sous le titre « La vie pour l’épargnant ne se réduit pas à un exercice de calcul, Les impasses des approches du cycle de vie standard et psycho-économique » [Masson André, « La vie pour l’épargnant ne se réduit pas à un exercice de calcul. Les impasses des approches du cycle de vie standard et psycho-économique», Revue française d’économie 1/2010 (Volume XXV) , p. 117-173 ] , démontrait l’irréalisme de ces prédictions, et expliquait en quelques mots :
De la théorie du comportement standard des épargnants…
Pleinement rationnel et prévoyant, l’épargnant standard planifie au mieux, de manière temporellement cohérente, ses besoins de consommation jusqu’à la fin de son existence.
Le patrimoine accumulé sert un triple objectif : la précaution, contre les chocs imprévus et les aléas de la durée de vie ; le lissage de la consommation sur le cycle de vie (hump saving), en vue de pallier les variations systématiques des ressources et des besoins selon l’âge, telle la baisse prévisible du revenu sur les vieux jours ; la transmission si l’épargnant est « altruiste », i. e.soucieux du bien-être de ses enfants (adultes). Si les marchés du capital, de l’assurance et de l’information sont parfaits et complets, l’agent accumule pendant sa période d’activité un montant de patrimoine « adéquat » – adequacy of savings – pour les besoins des vieux jours : en d’autres termes, ni trop peu, ni trop (compte tenu d’un motif éventuel de transmission) ; son portefeuille est alors complètement diversifié. A la veille de la retraite, il convertit en rentes viagères une part massive, sinon totale, de ce patrimoine, hors les biens destinés à la transmission.
A la réalité plus complexe qui contredit cette prédiction…
En France notamment, près d’un quart des ménages n’épargnent pas assez pour leurs vieux jours, au risque de subir une baisse de consommation brutale en fin de vie ; mais beaucoup épargneraient trop en dépit d’un système de protection sociale plutôt généreux, se retrouvant à la veille de la retraite avec des patrimoines considérables qui ne se justifient pas totalement par le désir de transmettre aux enfants.
Le comportement de l’épargnant est en réalité réconcilié autour de la notion de projet.
Subjectivité et rationalité seront alors réconciliées autour de la notion de projet. Le sujet agit d’abord en fonction de ses projets du moment (mariage, métier, acquisition du logement, étude des enfants, retraite, etc.), ceux qui donnent à ses yeux sens et substance à son existence : « l’homme est un projet qui décide de lui-même » (Sartre).
[…]
Aussi, les décisions clefs (mariage, enfant…) comme les coups du sort (maladie, veuvage) qui scandent le déroulement de l’existence individuelle ou familiale fragmentent-elles l’horizon du sujet en autant de phases du cycle de vie …
Les principales motivations d’épargne des Français ? Pourquoi épargner ?
Une épargne justifiée par la réponse à une problématique court terme…
Seuls 23.3% des épargnants épargnent pour préparer leur retraite (« préparer ses vieux jours ») ce qui peut paraître relativement faible au final.
La principale motivation d’épargne est la « constitution d’une épargne de précaution en cas d’imprévus » (41.7%), c’est à dire la nécessité d’une épargne disponible et sans risque.
Ainsi, en distinguant projet court terme (préparer un voyage, l’achat d’un bien important, étude des enfants, acquisition résidence principale, épargne de précaution) et projet long terme (retraite, succession), on obtient la répartition suivante :
– Epargne de court terme par nature disponible et sans risque : 73.2%
– Epargne de long terme (prise de risque possible, diversification, long terme, …) = 26.7%
– N’épargne pas : 25%
Une telle répartition explique l’intérêt des Français pour le fonds euros des contrats d’assurance vie et leur faible aversion pour la diversification et la prise de risque. Les Français n’épargnent pas pour financer des projets de long terme et ne peuvent donc pas prendre de risque pour cette épargne dont ils veulent s’assurer une disponibilité et une garantie immédiate.
Les Français ne veulent pas prendre de risque pour leur épargne car ils n’épargnent pas pour des projets long terme ! Les unités de compte (17% de l’encours des contrats d’assurance vie) et autres contrat Euro-croissance n’intéressent que les 26.7% des épargnants capable d’investir pour le long terme.
source : Rapport INSEE sur le patrimoine des ménages.




