Avant hier soir à New York et hier en Europe, les marchés flambent parce que la banque centrale américaine (FED) ne prévoit pas de hausse de taux de O,75% lors des prochaines réunions de son comité monétaire.

Hier, changement d’ambiance. Les marchés actions plongent sur le NASDAQ. Les entreprises tech les plus fortement valorisées sont particulièrement pénalisées par la hausse des taux d’intérêt.

En cause, la décision de la FED qui a été de :

  • Augmenter les taux qu’elle facture aux banques pour leur financement court terme de 0,50 % pour les porter dans la fourchette de 0,75% à 1%  ET prévoir d’augmenter ce niveau de 0,50% au cours de chacune des prochaines réunions tant que cela sera nécessaire pour juguler la poussée inflationniste.
  • Vendre les obligations achetées pendant les crises des dernières années pour soutenir le financement de l’économie au rythme de 47,5 Mds$ par mois puis de 95 Mds$ par mois à partir de septembre prochain.

Ces décisions auront des conséquences concrètes pour les américains d’une part et pour le monde émergent, très emprunteur en $, d’autre part en renchérissant le coût de leurs emprunts puisqu’avec des taux de 2 à 10 ans maintenant à 3% pour les emprunts de l’État fédéral américain, les banques n’ont pas intérêt à accorder des taux plus bas pour leurs prêts moyen et long terme aux agents économique privés américains ou aux entreprises et États du monde émergent, le risque de ces emprunteurs étant plus élevé que celui de l’administration fédérale américaine.

Dès lors, le crédit va continuer à se renchérir pour l’achat d’une voiture ou d’un appartement par un ménage américain, ou le financement des investissements d’infrastructures d’un pays d’Asie du sud est ou d’Amérique latine ou de capacité de production d’entreprises de ces pays.

Graphique de la hausse du taux des emprunts à 10 ans de l’administration américaine :

Cette hausse du coût des emprunts devrait donc logiquement générer un ralentissement de la consommation aux États-Unis et de l’investissement dans le monde émergent.

Ce pourrait d’ailleurs être la double peine pour les pays émergents puisque beaucoup d’entre eux exportent des biens en Amérique.

Le ralentissement consécutif de beaucoup d’économies émergentes n’est pas souhaitable et ce d’autant que la plupart de ces pays, contraints en termes de création d’emplois par une population jeune et en forte croissance, doivent déjà affronter la flambée des prix des hydrocarbures et de toutes les autres matières premières, notamment agricoles.

Et cette problématique pourrait être accentuée par la hausse du $ qui s’est enclenchée depuis que la politique monétaire américaine s’est orientée vers un resserrement : un $ plus cher c’est une dette à rembourser ou à emprunter également plus chère pour les pays émergents. Mais comme disent les américains : « le $ c’est notre monnaie et c’est votre problème. »

Parité $/ Bath Thaïlandais depuis un an :

Malgré les évènements politiques ternissant l’image du couple sino-russe, cette évolution pourrait ouvrir à nouveau la porte d’un certain nombre de ces pays émergents à la Chine qui propose généreusement des crédits en Yuan accompagnés d’accords de Swaps et dont la monnaie offre un attrait supplémentaire avec une baisse récente qui vient bien à propos :

Graphique de l’évolution de la parité du Yuan en $ depuis un an :

Le ralentissement de l’économie américaine en surchauffe est en revanche bienvenu … quoique les derniers chiffres aient surpris avec un recul de l’économie américaine au 1er trimestre 2022 de -1,4% en rythme annualisé, alors que la consommation des ménages américains a progressé de +2,7% en rythme annualisé et les dépenses d’investissements (non publique) de +2,3% : c’est le recul des exportation américaines (-5,9%) conjointement à la flambée des importations (+17,7% !!) qui a pesé négativement avec une contribution négative de -3,2% sur la croissance.

La FED, dont la politique monétaire depuis Volker, surpasse celle de toutes les autres banques centrales en finesse d’analyse, rapidité et dosage de réaction, a peut-être pris en compte l’impact du commerce extérieur en même temps que celui nécessairement récessif de la flambée des prix des intrants pour calibrer ses futures interventions sur les taux à +0,5% par réunion et ses ventes d’actifs à – 95 Mds$ par mois : avec une inflation cœur (hors hydrocarbures et produits agricoles) à 5,2% (prix à la consommation à +8,5%) et huit réunions par an il faudra 15 mois pour que les taux courts rattrapent le niveau des pressions inflationnistes cœur et deviennent positifs ; avec des ventes de 95 Mds$ d’actifs et avec un bilan chargé de 9.000 Mds$ d’obligations, il faudra 7 ans pour lui rendre son embonpoint normatif : des cadences dans les deux cas mesurés, comme celui de la légion étrangère, au regard de la taille du problème.

La FED fait donc simultanément preuve de détermination puisqu’elle agira, dit-elle, le temps qu’il faudra pour juguler l’inflation et en même temps de modération en terme de célérité ; comme si elle comptait in fine d’une part sur les pressions récessives de la hausse du prix des intrants pour peser sur la croissance et l’inflation et d’autre part sur son insuffisante vitesse de réaction pour peser sur un $ trop cher au regard des problématiques de productivité de l’économie américaine et de financement du monde émergent.

Le marché a parfaitement compris cette politique monétaire qui prend en compte simultanément les problèmes économiques à résoudre et les effets de second tour potentiel de sa propre action : le S&P a pris 3% sur la nouvelle.

Cela ne signifie pas que les marchés soient devenus haussier à court terme, la consolidation baissière devrait continuer pour prendre en compte le changement durable de politique monétaire, mais a priori dans le calme, laissant toute sa place à des choix d’investissements spécifiques qui pourront ne pas être contrariés par des mouvements brutaux et amples de marché.

Dès lors où est le risque de marché aujourd’hui ?

Peut-être toujours du côté des parités monétaires – et c’est ce que craint hiboo depuis longtemps – avec un décrochage possible du $ sous le poids d’un fort déficit budgétaire (-2.772 Mds$ en 2021), d’un déficit commercial record (+ 27 % en 2021, un plus haut historique à 859,1 milliards de dollars) et maintenant de taux d’intérêts en hausse, mais peut-être pour encore assez longtemps négatifs. Cette conjonction pourrait déboucher sur une crainte sur le $, surtout si parallèlement la BCE devait monter vigoureusement ses taux et offrir une alternative au placement en $.

Il est vrai cependant que la crise géopolitique a rebattu les cartes et conforté les Etats-Unis comme havre ultime pour les capitaux en quête de sécurité de telle sorte qu’hiboo pourrait, comme dans le désert des tartares, dans la répétition immuable de ses avertissements attendre en vain la crise ennemie aux portes de la citadelle occidentale.

A bientôt avec l’équipe hiboo.

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