Le monde du financement des entreprises en dehors du système bancaire est passionnant et évolutif. Le crowdlending, c’est à dire le financement désintermédié des entreprises (TPE, PME ou même ETI), est une innovation importante qui tente de se faire une place dans le monde très concurrentiel du prêt.
Aujourd’hui, grâce au crowdlending, chaque entrepreneur peut emprunter de l’argent directement aux épargnants devenu investisseur, sans passer par l’intermédiaire d’une banque. L’épargnant devient investisseur et s’investit dans la gestion financière de son épargne, donne du sens et rend utile son épargne.
L’idée est magnifique et le prochain avènement de la blockchain pourrait permettre d’accélérer cette désintermédiation du financement des entreprises.
Le monopole bancaire est clairement attaqué et c’est une très bonne chose à la condition sine qua none d’apporter un meilleur service, tant à l’entrepreneur qui peine à se financer dans le réseau bancaire qu’à l’épargnant investisseur qui souhaite améliorer le rendement de son épargne avec une prise de risque connue et maîtrisée. 
 
 

Le crowdlending et plus globalement le crowdfunding est une excellente idée, mais sa mise en oeuvre industriel n’est pas viable.

Derrière cette belle idée de l’attaque du monopole bancaire et donc de la suppression d’un intermédiaire jugé comme onéreux et non efficient, la réalité est aujourd’hui contrastée.
Les banques jugées coûteuses et trop onéreuses ont laissé la place à des plateformes de crowdlending que je juge personnellement comme coûteuses et trop onéreuses. Nous visons la désinstermédiation intermédiée.
 
Au final, les épargnants sont abandonnés dans une jungle dans laquelle les intérêts des différentes parties sont divergents :

L’entrepreneur à la recherche de capitaux n’a qu’un seul objectif trouver de l’argent pour financer sa croissance, son BFR, et plus globalement son entreprise. Le recours au financement en crowdlending étant par nature plus onéreux (7% à 10%, mais sans garantie, ni caution), l’entrepreneur aura le plus souvent subi le refus de financement des banques. Il aura alors à cœur de mettre en oeuvre tous les moyens pour obtenir l’argent dont il a besoin (dont mentir par omission sur la nature réelle de ses besoins ?) – Il est assez fréquent de voir des projets de crowdlending financer de faux projets d’investissement alors qu’il ne s’agit que d’un besoin de trésorerie pour financer le besoin en fonds de roulement.

La plateforme de crowdlending, dont la rémunération est dépendante du volume financé. Contrairement aux idées reçues qui viennent de l’appellation de leur statut de conseil en investissement participatif, la plateforme est rémunérée par l’entrepreneur qui se finance sur la plateforme de crowdlending, mais également par l’épargnant qui utilise la plateforme de crowdlending pour son épargne. Compte tenu des montants récemment levés par ces plateformes de crowdlending, elles sont dans une course aux volumes pour survivre. Cette course aux volumes se fera t’elle sur le dos des épargnants et sur la qualité des dossiers financés ? Nous observons depuis deux années le décollage du crowdlending, mais force est de constater que ce dernier est relativement lent et surtout qu’il y a un manque manifeste de bons dossiers à financer.

Les épargnants qui tentent de se muter en investisseurs et cherchent à investir leur épargne dans des projets dont le ratio rendement risque est équilibré. Malheureusement, entre les plateformes qui courent après les volumes pour espérer survivre et les entreprises qui courent après le financement pour espérer financer leur projet, l’épargnant peut paraître esseulé. Face à ces deux acteurs, l’épargnant devra faire confiance au sérieux de la plateforme et de l’entreprise alors même que c’est deux acteurs sont dans une opération de séduction (qui n’est pas toujours caractérisée par l’objectivité). L’habillage marketing peut maquiller la réalité de l’opération pour attirer l’épargnant. 

 
 

Le crowdfunding et le crowdlending local et indépendant est il l’avenir du financement participatif ?

C’est une théorie que nous développons ici depuis quelques temps et notamment depuis cet article « Le crowdfunding indépendant est il l’avenir du crowdfunding face aux plateformes ? » publié au début de l’année dernière. En effet, mon interrogation est la suivante : A quoi servent les plateformes de crowdlending et plus globalement les plateformes de crowdfunding :

Analyser, sélectionner les demandes de financement des entrepreneurs pour sécuriser les épargnants ? C’est probablement vrai. Mais alors, dans un monde toujours plus transparent, pourquoi les plateformes se font elles rémunérer par les entrepreneurs pour conseiller et sécuriser les épargnants investisseurs. N’y a t’il pas un conflit d’intérêt majeur dans ce mode de rémunération ? On peut également s’inquiéter de l’avenir d’un modèle économique de finance désintermédiée dans lequel un nouvel intermédiaire va essayer de sélectionner les meilleurs dossiers pour lutter contre le défaut. Le défaut fait partie du crowdfunding. Le supprimer, revient à réaliser une sélection drastique comparable à l’excellente analyse financière réalisée par les banques, et donc à transformer les plateformes de crowdfunding en banque. C’est le risque de désintermédiaiton intermédiée. 

Faire du marketing pour améliorer la visibilité des besoins de financement et faciliter le financement des projets en attirant les épargnants ?  Mais qui dit marketing, dit publicité et donc subjectivité ? Est il possible de faire de la publicité sans travestir une certaine réalité et omettre certaines informations essentielles afin ne pas « casser le business » ? Lorsque les plateformes s’arrangent avec l’objet réel du besoin de financement, ne somme nous pas dans une publicité mensongère ? Que penser de la confiance qu’un épargnant doit avoir dans un plateforme qui transforme un besoin de BFR en pseudo investissement ? De surcroît n’est il pas incohérent de faire payer le prêteur alors que la plateforme vend une prestation de marketing et de publicité à l’emprunteur ? 

La plateforme de crowdfunding est avant tout un tiers de confiance. C’est un véritable service de sécurisation à forte valeur ajoutée. La plateforme aura pour mission de collecter les informations relative à l’entreprise et à son besoin de financement, authentifier les justificatifs, sécuriser les transferts d’argent entre emprunteur et prêteur. C’est à mon sens le principal attrait des plateformes de crowdlending et crowdfunding. Mais alors, la question du coût de ce service doit être posé.

 
 

Le crowdfunding ne peut se développer avec des réflexes de la finance du 20 ieme siècle.

J’ai la conviction que le crowfunding doit dépasser l’analyse financière et la rationalité de nos esprits habitués à lire les comptes de résultat, les bilans et les chiffres. Le crowdfunding, c’est le financement direct des entreprise au delà de l’analyse financière.
C’est la raison principale pour laquelle je crois que le véritable rôle des plateformes de crowdfunding est de servir de tiers de confiance pour gérer l’opération de crowdfunding (transfert d’argent, collecte des données et des justificatifs nécessaires et leur authenticité – Tient nous sommes proche d’un métier de notaire du crowdfunding).
Le marketing et la publicité autour du projet, l’analyse financière du projet ne me semble pas des missions qui pourront durablement être réalisées par les plateformes de crowdfunding.
 
 

Le crowdfunding doit devenir local.

Les entreprises qui ont des besoins de financement doivent se financer en local auprès de leurs clients, fournisseurs, réseaux sociaux et locaux de l’entreprise.

Les épargnants veulent donner du sens à leur épargne et investir directement dans les entreprises qu’ils connaissent, dont ils sont les clients ou même les fournisseurs. Les épargnants veulent investir directement dans les entreprises de leur territoire. La question de l’analyse financière de l’entreprise à financer est centrale mais non essentielle. L’investissement local en crowdfunding, c’est la combinaison entre une analyse financière et surtout l’accumulation de signaux faibles qui permettront à l’épargnant de connaître la santé financière de l’entreprise qu’il connaît pour en être client, fournisseur ou passer devant tous les jours en allant au travail.

  • Changement de voiture du dirigeant ;
  • Situation matrimonial du chef d’entreprise (un divorce pouvant entraîner des difficultés financière pour le chef d’entreprise par exemple) ;
  • Réputation locale de la qualité du produit et des services ;
  • Nombre de voitures sur le parking de l’entreprise témoignant de l’activité et de l’importance du recours à l’intérim par exemple ;
  • Discussion avec des amis salariés de l’entreprise pour ressentir l’entreprise de l’intérieur ;
  • Qualité et rapidité de la facturation ;
  • Sympathie du chef d’entreprise ;
  • … Bref, l’ensemble des signaux faibles qui permettront à chacun de connaître la qualité de l’entreprise sans jamais avoir analysé son bilan et son compte de résultat. C’est ça le financement participatif ! 

 
Le crowdfunding local à aussi l’avantage d’écarter les emprunteurs dont les objectifs réels ne seraient pas louables. Les risques de réputation personnelle sont élevés. Certains auront des scrupules à demander de l’argent à ses clients, fournisseurs et cercles sociaux et locaux alors même qu’ils savent que l’entreprise/projet n’est pas viable. Alors qu’aujourd’hui, « mentir par omission » à un épargnant que l’on ne connaît pas est facile et non culpabilisant (mentir à se banque ou à une plateforme de crowdfunding est identique).
 
De surcroît, l’épargnant devenir investisseur acceptera plus facilement de préter à un taux plus faible pour financer l’entreprise qu’il connait. La confrontation et la subsidiarité avec le modèle du financement bancaire sera moins forte.
 
 

Le crowdfunding doit devenir indépendant.

Puisque le chef d’entreprise trouvera ses financements dans son cercle social via des épargnants locaux qui connaissent l’entreprise, pourquoi payer une plateforme de crowdfunding dont le niveau de rémunération comprend une prestation de publicité et de marketing non nécessaire puisque l’entreprise connaît déjà ses financeurs.
Pourquoi dépenser de l’énergie pour une communication nationale alors que les prêteurs sont locaux ? Demain, grâce au crowdfunding local, l’entreprise en besoin de financement n’aura qu’à ajouter un widget de paiement sur son site (dont la gestion sera assurée à un tiers de confiance) et lancer une publicité local autour du projet.
 
De même, les épargnants doivent pouvoir être sécurisés et accompagnés dans leurs investissements en crowdlending par des professionnels indépendants rémunérés par honoraire ou par commissions (dès lors que leur seul mission est de faire du conseil en crowdfunding et que rémunération et conseil seront autonomes). 
 
 

Et vous comment voyez vous l’avenir du crowdfunding ?

Besoin d'un conseil ? Découvrez nos services :
Conseil indépendant 
Bilan patrimonial
Gestion conseillée
Conférences patrimoniales
Livre et formations 
Investir dans l'immobilier
Optimiser sa Succession
Assurance-vie et gestion de patrimoine
Epargne / Placement 
Assurance-vie
Plan Epargne Retraite (PER)
SCPI
Groupement forestier & viticole
Immobilier locatif 
Chasseur en investissement immobilier locatif
Crédit immobilier
Assurance emprunteur
Expert-comptable Location meublée et SCI

12 commentaires