Cela fait maintenant 10 ans que les marchés financiers sont sponsorisés par l’illusion monétaire des banques centrales. 10 ans que les banques centrales participent à l’inflation de la valeur des actifs, notamment financiers, du fait d’une politique monétaire expérimentale dont les effets sur l’économie réelle révèlent progressivement leur nuisibilité. En 2020, le doute s’installe et les marchés financiers pourraient remettre en cause la puissance des banques centrales. Le retour à la réalité pourrait bien être douloureux !

Voilà en deux mots la déclinaison « marché financier » de nos articles de stratégie d’investissement pour l’année 2020. Comme vous le constatez, nous sommes dans la continuité parfaite de l’analyse globale proposée dans cet article « En 2020, Face à une politique monétaire nuisible, la politique budgétaire va financer le front populaire écologique. » et de sa version dédiée à l’investissement immobilier « En 2020, un marché immobilier partagé entre une réduction de l’accès au crédit immobilier et recherche d’une valeur refuge ?« .

Mais avant d’approfondir cette délicate question du comportement prospectif des marchés financiers en 2020, il n’est totalement incohérent de revenir sur l’analyse que nous vous proposions à la fin de l’année 2018 pour décrire cette année 2019 : « Stratégie d’investissement 2019 : Forte baisse du marché action et hausse des taux d’intérêt avant retour de l’hyperinflation des actifs ? » : Rédigé le 15 Octobre 2018 alors que les marchés financiers étaient au plus haut et que le discours dominant valorisait une hausse certaine des taux d’intérêt et une normalisation de la politique monétaire face à une conjoncture économique en amélioration, le changement de paradigme n’a pas été long. Dès début décembre 2018, les marchés financiers chutaient fortement (-20%) et la dégradation de l’activité économique trouvait une place grandissante dans la narration dominante.

Aujourd’hui, nous sommes en Octobre 2019, les marchés financiers ont retrouvé leur plus haut historique grâce aux promesses (illusoires ?) d’une nouvelle politique monétaire mais l’économie continue de se dégrader sur fond de remise en cause de la mondialisation et d’un capitalisme respectueux de l’environnement comme nous le décrivions dans cet article « Stratégie d’investissement 2019 : L’année de tous les possibles sur fond de remise en cause de la mondialisation financière »  publié en 2019 dont le propos se poursuit pour 2020 : « En 2019, la remise en cause de la mondialisation financière et l’indispensable prise en compte de la protection de l’environnement seront à l’origine de mutations importantes non anticipables ».

L’illusion des promesses monétaires pourrait ne pas faire long feu. Les banques centrales sont en train de perdre le contrôle de la situation. Nous entrons dans une nouvelle phase importante ! L’impuissance des banques centrales se révèle progressivement, et c’est le soutien des marchés financiers qui s’efface. Cette prise de conscience pourrait se révéler être un moment délicat à gérer pour les marchés actions.

Dans le même temps, la démondialisation des chaînes de production se poursuit et la grève du consommateur se renforce. En 2020, nous pourrions assister à la fusion de tous les mouvements financiers et sociétaux qui se mettent en place depuis quelques années. L’année 2020 pourrait être une année chargée. L’année 2020 pourrait être :

  • L’année de la révélation du caractère nuisible des politiques monétaires devenues déflationnistes ;
  • L’année de la mobilisation des populations aux profits d’un front populaire écologique qui sera à l’origine d’une accélération la remise en cause du libéralisme et des excès de la mondialisation ;
  • L’année de la relance budgétaire face à une fin de cycle économique logique après 10 années de croissance ; Un budget de guerre mobilisé pour une meilleure protection de notre environnement.

L’année 2020 qui s’annonce pourrait être une année importante durant laquelle de nombreuses de nos certitudes pourraient être remise en question. Certains d’être perpétuellement soutenu par une politique monétaire favorable à l’inflation des actifs, les marchés financiers donnent un prix élevé aux actions sur les marchés financiers (le prix n’est que le fruit de la confrontation de l’offre et de la demande sur un marché). La fin de l’illusion monétaire des banques centrales sera l’occasion de s’interroger sur la pertinence de ce prix donné sur le marché avec la valeur de long terme des entreprises.

Le prix donné à une action sur le marché est une variation à la hausse autour de la valeur de l’entreprise. Le prix d’une action est parfois excessif comme aujourd’hui, du fait d’un marché dominé par la demande ; Parfois pessimiste lorsque le marché est affaibli par une demande faible. Ce n’est pas tant la valeur de l’entreprise qui varie que la situation du marché dans lequel les acheteurs ont disparu (même si, nous allons le voir plus loin dans l’article, la valeur pourrait être également affecté par la grève du consommateur).

Comprendre la différence entre le prix d’une action et la valeur d’une entreprise est fondamental. Vous pouvez approfondir en relisant cet article « Ne pas confondre spéculer en bourse et investir dans le capital d’une entreprise ». L’investisseur de long terme attend avec impatience ces périodes ou le prix est inférieur à la valeur pour investir et se positionner à l’achat sur un marché ou la demande est rare ! N’oubliez jamais que les bons investissements se font toujours à l’achat, c’est à dire lorsque le prix est inférieur à la valeur du fait d’un marché sur lequel la demande est faible face à une offre abondante.

 

En outre, la mutation écologique de l’économie et autre démondialisation des facteurs de production pourrait avoir un impact non négligeable sur la valeur des entreprises (on ne parle plus du prix donné par le marché, mais de la valeur, c’est à dire la capacité de l’entreprise à générer des profits à l’avenir). Un certain nombre d’activité pourraient subir cette mutation écologique et/ou démondialisation de l’économie.

Par exemple : L’industrie automobile dont la production est mondialisée pourrait également subir le rejet d’un produit de consommation peut respectueux de l’environnement. La remise en cause de cette production mondialisée pourrait être source de pression sur les marges alors que dans le même temps, le consommateur pourrait ne plus vouloir acheter un produit jugé collectivement comme néfaste pour l’environnement. C’est là l’application de la notion de grève du consommateur sur laquelle nous insistons depuis de nombreuses semaines (cf »La grève du consommateur va t’elle accélérer la mutation du capitalisme ? Who is John Galt ? »)

Autre exemple : Quid du modèle économique de l’industrie agroalimentaire qui construit ses marges sur des produits alimentaires fruit d’une mondialisation hyper-optimisée et peu respectueuse de l’environnement (ex : utilisation massive de l’huile de palme à l’origine de la déforestation en Indonésie ou de soja à l’origine de la déforestation de l’Amazonie);

…. De nombreux secteurs pourraient être directement concernés par la grève du consommateur. Les exemples sont légions, il ne s’agit là que d’un exemple.

La grève du consommateur a des conséquences directes, mais aussi indirectes : L’économie ralentit, la crise de surproduction s’aggrave et la déflation accélère sur les produits de consommation rejetés par le consommateur. En parallèle, une économie plus respectueuse de environnement se développe progressivement. Cette nouvelle économie est au contraire inflationniste car elle intègre une production plus proche du lieu de consommation et des matières premières utilisées sélectionnées pour leur caractère renouvelable (cf »La révolution du développement durable est inflationniste et pourrait inverser le sens des valeurs.« ).

La bourse n’étant que la cotation d’entreprises qui tirent leur profit de l’optimisation de la mondialisation des facteurs de production ; La remise en cause de cette mondialisation doit avoir des effets négatifs sur leur capacité à générer autant de profit à l’avenir.

Vous doutez de cette question de la grève du consommateur ? Ok, voici un sondage, je vous laisse y répondre :

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La grève du consommateur, c’est ça ! cette tendance à consommer moins, mais mieux ! Il est illusoire de croire que ce mouvement massif sera sans conséquence sur les profits futurs des entreprises dont les produits sont rejetés par les consommateurs.

 

A suivre …

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7 Comments

  1. Monsieur,
    Vous écrivez « nous sommes en Octobre 2019, les marchés financiers ont retrouvé leur plus haut historique grâce aux promesses « . En réalité, il n’y a aucun plus haut historique car il n’y a pas de volumes significatifs échangés. Pour vous en convaincre, je vous propose de prendre connaissance des volumes échangés en fin de séance. …Inutile de vous dire que si des promesses avaient été crues, l’ampleur des volumes auraient été réellement significative avec une réelle confrontation acheteurs/vendeurs. Je vous propose de visiter régulièrement le site http://www.agencedecotationihr.com. Dernier point, la prochaine crise qui risque d’être l’objet d’un nombre inédit de conflits juridiques sera également celle qui rendra très certainement impérative la prise en compte professionnelle des volumes échangés. D’ici là, j’espère que les professionnels sauront faire évoluer leur approche des marchés afin d’éviter les affres du juridiques. Merci. Christian PIRE

  2. Amha, la liquidité d’une action est déjà prise en compte dans sa valeur. Les gérants se détournent des actions peu liquides, ou minorent leur valeur dans leurs portefeuilles.

    Quand aux volumes échangés, on sait très bien que lors d’un krach, ils sont énormes, et bien plus importants que lors des hausses. La montée est difficile, la descente bien plus rapide, comme pour le Tour de France.

  3. « La grève du consommateur, c’est ça ! cette tendance à consommer moins, mais mieux ! »

    Je n’appelle pas ça une grève, j’appelle ça un retour aux sources, ou au bon vieux temps, si vous préférez.

    A condition que ce retour aux sources ne soit pas contraint par la pauvreté, mais un choix, pourquoi pas.

    Je fais confiance aux marketeux et aux industriels de l’agro-alimentaire, ainsi qu’à l’état, pour aider les Français à consommer moins et plus cher.

  4. Intéressant ces prévisions. En attendant, la bourse rapporte très bien et depuis longtemps. On verra le moment venu s’il faut s’en écarter. En bourse faut s’attendre à rendre un peu de trop perçu mais pas à l’avance sinon on n’est jamais dans le marché, faut le laisser vous le reprendre le temps venu.

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