Jean Noel VIEILLE, que nous avions pris l’habitude de suivre depuis quelques mois, à céder la gestion du portefeuille de KBL RICHELIEU FLEXIBLE à Pascal Bernachon et Roland FERNET.
Après une pensée émue pour nos amis japonais et un profond respect pour le comportement exemplaire de cette population, il nous faut revenir à des considérations bien plus matérielles.
Bien entendu, l’orientation de gestion du fonds et le process qui lui est appliqué ne changent pas et restent dans la continuité depuis sa création en 1999.
Depuis la dernière lettre du fonds, le niveau d’exposition a remonté pour atteindre les 29% suivant l’objectif de se ré exposer au fur et à mesure des consolidations de marché. D’autant que la bonne surprise d’un accord européen sur une extension du Fonds de solidarité (tant sur son montant que sur sa capacité à acheter de la dette des pays périphériques fragilisés) était favorable aux actions européennes
Bien entendu, les événements récents au Japon nous ont incité à une certaine prudence et de la patience. Il convient donc de ne pas augmenter plus significativement le niveau d’exposition même si les bornes basses du canal défini en début d’année (3700/4200 sur le CAC) auraient du nous y inciter.
Les événements sont donc difficilement quantifiables. Que ce soit sur l’aspect psychologique, que ce soit sur les perspectives futures de ce pays où plus simplement sur les bénéfices pour les mois à venir, il apparaît souhaitable d’en définir les contours et les effets réels sur un pays qui pourrait être mis en quarantaine si les radiations s’avéraient plus vastes qu’indiqué à l’heure actuelle.
Il faut noter qu’au regard des faibles échanges liant l’archipel japonais et notre zone, les places européennes devraient être les moins impactées.
Il semble préférable de voir la suite des événements, d’attendre les incidences sur les perspectives bénéficiaires des sociétés et d’analyser l’ensemble des secteurs qui seront impactés par l’atonie d’activité de l’archipel.
Sortons donc de l’analyse affective, morale et émotionnelle de la tragédie en cours.
Il est évident que l’arrêt de la production industrielle dans la région touchée, impactera la croissance mondiale mais selon la théorie de Schumpeter sur la destruction créatrice, si l’économie japonaise va régresser inévitablement pendant au moins deux trimestres, ce sera suivi par une reprise en V comme ce fut le cas après le tremblement de terre de Kobe. Nous avions alors eu 3 trimestres de forte progression du PIB à +5% annualisé.
La nature ayant horreur du vide, nous pouvons même présumer que d’autres acteurs se substituent aux industries japonaises pour satisfaire le manque d’approvisionnement et l’opportunisme naturel des américains devrait faire ses preuves.
Ce terrible évènement peut modifier certains facteurs à plus long terme, comme la délocalisation de certaines industries japonaises à l’étranger, le choix d’autres fournisseurs de la part des sociétés occidentales comme pour Apple, handicapé par les composants japonais pour son I Phone.
Le moratoire inévitable sur l’énergie nucléaire va-t-il enfin relancer les nécessaires économies d’énergie, accélérer les énergies de substitution ? En attendant, la bonne vieille énergie fossile (gaz/pétrole) reste d’actualité.
Hors l’immobilier américain qui a apporté une réelle déception, les indicateurs qui sont publiés et particulièrement aux USA et en zone €uro restaient de bonne facture mais l’instant n’est pas à la lecture de données ponctuelles.
La journée de vente massive de mercredi à laquelle nous avons assisté s’est répercutée sur l’ensemble des actifs à risque. Actions, matières premières, pétrole et même or ont corrigé. La Réserve Fédérale a constaté une amélioration notable de l’activité aux USA mais a maintenu le statu quo en dépit de tensions inflationnistes qui pourraient s’estomper en partie avec le repli des cours du pétrole (moindre demande japonaise pendant quelques mois).
Face à un déficit abyssal mais détenu par ses propres citoyens, le Japon devra creuser encore plus sa dette afin de financer la reconstruction. Mais l’heure n’est pas à la rigueur budgétaire et l’urgence humaine doit dépasser les considérations des agences de notation. Les japonais vont-ils rapatrier une très large part de leurs actifs financiers détenus à l’étranger ?
Ceci instaurera t-il un doute sur le financement du déficit américain, fragilisant momentanément le marché obligataire ?
C’est donc une avalanche de questions à court terme qu’il faut prendre en considération et sans précipitation, l’urgence est rarement bonne conseillère tant dans un pessimisme outrancier qu’un optimisme béat.
Revenons à nos classiques et froidement, la destruction est créatrice de valeur. Quelques arbitrages de valeurs ont été effectués sur cette semaine : nous avons quitté la faible exposition au secteur assurances pour lui substituer du Gaz de France Suez au regard de la hausse de la demande en gaz. Nous avons également constitué une ligne sur K+S (engrais).