Victoire attendue d’Obama : plutôt un facteur de stabilité.
Beaucoup d’actualité la semaine dernière à la fois politique et économique. La première et la plus importante est évidemment la réélection d’Obama. Celle-ci ne fut pas une surprise car le candidat républicain, quoi que l’on en pense, paraissait assez peu correspondre, par ses idées, son origine et son comportement, aux attentes de la « middle class » américaine. Il faudra qu’à un moment donné le parti républicain analyse l’évolution démographique du pays, sa nouvelle sociologie et la puissance électorale des minorités s’il veut revenir au pouvoir. Faute de n’avoir pas intégré ces différents facteurs, les républicains ont permis à Obama d’apparaître comme un des seuls leaders du monde occidental à remporter des élections en temps de crise avec un bilan pas toujours exemplaire. Son succès relativement large, fait qu’à l’heure du choix, la majorité des électeurs américains a préféré ne pas vouloir boire de thé, probablement frelaté. Au contraire, probablement un peu trop d’alcool au cours du dîner d’Obama le soir des élections l’a incité à clamer que « le meilleur était à venir ». Vaste programme … !
L’enjeu économique : le « fiscal cliff » et le relèvement du plafond de la dette.
Revenons sur le programme économique d’Obama pour ce deuxième mandat, sachant qu’il va rester au moins encore pour deux ans sans marge de manoeuvre puisqu’il devra encore composer avec les Républicains, toujours maîtres de la Chambre des représentants, les démocrates gardant la main sur le Sénat. Les principaux points du programme portent sur la réforme fiscale : suppression des baisses d’impôts pour les plus riches, augmentation des taxes sur le revenu du capital, mais baisse du taux d’impôt des entreprises (de 35 à 28%). Cette question renvoie en partie à la résolution nécessaire du « fiscal cliff ». Sans nouvel accord pour prolonger le système actuel très favorable, le PIB US serait directement amputé de 4 points, soit environ 600 Md$.
La plupart des économistes parient sur un accord tant sur ce fiscal cliff que sur l’augmentation du plafond de la dette sinon, c’est le pays qui est certain d’entrer en récession.
De fait, ces éléments ont un réel impact sur la situation financière des entreprises américaines.
Les chiffres publiés par les entreprises US du T3 montrent des signes réels de ralentissement.
Si on résume les publications de ce troisième trimestre, on constate d’abord un effet change négatif pour les chiffres d’affaires. Ensuite, les entreprises exposées à l’Asie ont souffert du ralentissement de croissance de la zone. L’autre déception tient aussi à l’Europe, touchée par de nombreux plans de restructuration. Les entreprises se sont donc montrées peu confiantes pour le Q4 et pour 2013 et elles ont pour la plupart révisé leurs estimations, essentiellement par manque de visibilité. La fin d’année s’annonce donc plus difficile, le mois de septembre ayant été mauvais. La traduction la plus immédiate est le ralentissement de l’investissement des entreprises, qui a évidemment pénalisé le secteur technologique, secteur assez prédominant aux Etats-Unis.
La Commission Européenne révise en baisse ses prévisions de croissance.
En Europe, le marché a été également largement perturbé par les nouvelles prévisions économiques données par la Commission Européenne ce jeudi. La croissance dans la zone euro est attendue à 0,1% seulement en 2013, avant une reprise en 2014 (+1,4%). Ces prévisions sont donc assez peu flatteuses pour la plupart des pays, mais comment s’attendre à autre chose à la lumière des différents plans de restructurations annoncés. Même l’Allemagne commence à subir les méfaits de la crise européenne avec un ralentissement économique de plus en plus visible au niveau de ses statistiques : la production industrielle évolue en baisse de 1,8% en glissement mensuel (vs -0,7% att), après des commandes d’entreprises également sous les attentes en septembre. La Commission Européenne s’attend aussi à une croissance du PIB français de 0,4% en 2013, rendant improbable l’atteinte d’un déficit budgétaire à 3%. Idem en Espagne, où la récession pourrait s’élever à 1,5% en 2013, 3 fois l’estimation du gouvernement. La production industrielle espagnole a été publiée en chute de 7% en septembre sur un an (-3,5% att).
Le pacte national pour la croissance : un pas important vers une amélioration de la compétitivité des entreprises.
Revenons alors un instant sur la situation française et sur le nouveau Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi. Ce pacte va se décliner sur 3 ans (2014/2016), l’année 2013 servant en quelque sorte à la mise en place de ces mesures et l’idée non avouée était peut être de ne pas trop entamer la faible croissance prévue en 2013. L’objectif affiché est de créer 300 000 emplois et d’augmenter la croissance de 0,5 point de PIB à l’horizon 2017. Ce plan repose donc sur : un allégement de la fiscalité des entreprises à hauteur de 20 Md€ qui sera financé par une hausse de la TVA (7 Md€), des prélèvements environnementaux (3 Md€) et 10 Md€ par des réductions des budgets de l’Etat, des collectivités locales et de la sécurité sociale. Il s’agit bien de transférer des charges des entreprises en partie en direction des ménages.
Vers une amélioration de la profitabilité des entreprises et de l’emploi pas avant 2017
Quel retour en attendre ? Tout d’abord, le crédit d’impôt devrait permettre d’améliorer le profitabilité des entreprises qui résident en France, on parle de 10 points sur l’autofinancement des entreprises, ce qui devrait être une bonne nouvelle pour l’investissement des entreprises. Reste à savoir quel sera l’impact sur le comportement des ménages et sur l’emploi, élément beaucoup plus difficile à chiffrer. Cette stratégie semble néanmoins de nature à réellement améliorer la compétitivité des entreprises, à elles de faire alors un bon usage des gains de marge. Le gouvernement espère implicitement que l’investissement et l’emploi repartiront mais plutôt à partir de 2016/2017. On obtiendrait ainsi une grille de lecture qui semble pour l’instant échapper aux médias. François Hollande semble faire l’impasse sur le court terme, accepte donc un moment de disgrace vis-à-vis de l’opinion mais parie sur des mesures qui donneront des effets positifs en fin de mandat pour alors assurer éventuellement sa réélection. Pari risqué mais plutôt raisonné et issu directement d’une tradition radicale-socialiste chère à François Hollande.
Les marchés vont rester volatils, priorité est donnée à une gestion « patrimoniale » et flexible.
En conclusion de l’ensemble de ces éléments, nous venons d’avoir la vérification que la dégradation de la situation est bien devenue une réalité un peu partout dans le monde. Désormais, il existe bien un impact sur le comportement et sur la situation financière des entreprises. Ceci nous conduit donc à réitérer notre message de prudence sur les marchés financiers, et en particulier sur les actions. Certaines tensions internationales (Syrie, Liban, Iran, Israël, …) pourraient également perturber les marchés financiers. Ceux-ci vont donc rester assez volatils et il faudra saisir certaines opportunités. Dans ce contexte, nous mettons toujours en avant nos deux fonds qui parviennent à parfaitement tirer leur épingle du jeu dans ce contexte baissier.
