En paraphrasant la phrase de Gary Lineker, footballer anglais, l’actualité sportive du week-end a été intéressante. Le tennis sur terre battue est un jeu simple : deux hommes se renvoient une petite balle jaune au-dessus d’un filet, et à la fin c’est toujours Nadal qui gagne. Le rugby est un jeu un peu plus compliqué, ce sont 30 hommes (vrais) qui courent après un ballon ovale (quelle idée !) durant 80 mn et à la fin c’est toujours Toulouse qui gagne ! Mais il y a aussi des surprises, côté football, une nouvelle « star » sochalienne est sans doute née lundi soir, preuve qu’il ne faut pas désespérer de ce sport en France… ! La question du jour est donc de retrouver la phrase célèbre du footballeur anglais et accessoirement le nom de la nouvelle star, n’ayant pas la cruauté de demander dans quelle région habite un sochalien !
Ce détour sportif n’était pas anodin et n’est pas hors de propos. Sur les dix dernières années, on pourrait utiliser la même métaphore à propos des marchés financiers. La bourse, c’est simple, vous investissez votre argent, et à la fin vous ne constatez que des pertes ! Il est loin le temps où l’on promettait un rendement annuel de 7%. En effet, sur les dix dernières années, à fin mai, les marchés n’ont pas connu de performances fantastiques puisque le CAC 40 a perdu (en dividendes réinvestis) sur la période -0.30%, l’Eurostoxx 50, -8%, seul le S&P assure une progression de +30%. Ce fut clairement la décennie perdue. Peut-on désormais voir une petite lumière au
bout du tunnel ?
Les derniers éléments connus ont peut-être quelque chose de réconfortant et pourraient confirmer le scénario mis en avant la semaine dernière, à savoir un été compliqué mais une amélioration pour la dernière partie de l’année. Quels sont les ingrédients ? Le discours de Bernanke hier soir est très instructif et demande à être décrypté. Nous restons persuadés que la clef de la performance boursière à venir se situe du côté de la performance économique des Etats-Unis, la situation européenne même si elle reste préoccupante au niveau de ses dettes, est plus « visible » en termes de croissance économique attendue et confère donc moins d’interrogations de la part du marché.
Le Président de la FED vient de confirmer un ralentissement de l’économie américaine, imputable à une désorganisation de la production du fait du séisme japonais et de la hausse des prix de l’énergie. D’après ce dernier, ce sont des éléments « temporaires », il a employé le mot plusieurs fois et il prévoit en conséquence une amélioration au cours du deuxième semestre, qui sera marqué par un effet de rattrapage. Ceci amène Bernanke à confirmer au marché qu’il n’y aura donc pas de Quantitative Easing 3, la politique monétaire accommodante suffisant largement à atténuer les soubresauts actuels. La réaction
négative du marché confirme bien que celui-ci attendait dans son for intérieur une nouvelle aide musclée. En vain.
Cette déception entraîne les principaux marchés à la baisse, une reprise du dollar et des taux longs, et une baisse du pétrole. Désormais, le pari est simple et c’est la raison pour laquelle nous affirmions la semaine dernière que la situation était paradoxalement plus lisible maintenant.
En effet si Bernanke a raison, nous sommes dans un « accident de parcours», les éléments négatifs, hausse des matières premières, inflation et ralentissement économique ne sont que temporaires.
Dans ce cas, à quel moment devra-t-on rentrer sur le marché, immédiatement ou un peu plus tard ? Notre scénario est la seconde option, pour une raison simple qui tient à l’impact de la micro-économie. Si on suit le discours du Président de la Fed, cette difficulté temporaire va se retrouver au niveau des résultats des entreprises du Q2, publiés à partir de mi-juillet (on devrait avoir des pré-annonces dès mi-juin). Il n’y a sur ce point rien à attendre de positif surtout aux Etats-Unis, d’autant que la base de
comparaison (le Q2 2010), était plutôt élevée en termes de dynamique de croissance. Les analystes devraient baisser leurs prévisions de croissance à cette occasion, ce qui ne sera pas propice aux marchés à court terme.
Laisser passer l’été, surtout avec des faibles volumes pourrait être confortable, d’autant qu’il est peu probable, même avec ce discours favorable, que la situation macro ne s’améliore rapidement. Finalement, la situation américaine est passée en très peu de temps d’une hypothèse de croissance avec inflation, à une « stagflation », inflation sans croissance, puisque les derniers indicateurs remettent en cause les hypothèses de croissance optimistes.
Toutefois, nous ne sommes pas à l’abri de reprise technique. L’annonce de la résolution (temporaire elle aussi !) de la dette grecque risque de faire techniquement rebondir le marché et les banques, avant fin juin. D’après nous, ces mouvements devront être mis à profit pour alléger à nouveau les portefeuilles afin de rentrer à des conditions meilleures. Beaucoup d’investisseurs sont tentés de s’intéresser à ce secteur toujours très volatil.
Nous restons dans une position réservée et ce qui se passe en ce moment aux Etats-Unis ne nous réconforte pas. Il semble que les banques US auront besoin de recapitaliser leurs fonds propres assez rapidement.
En ce qui concerne la Grèce, le déblocage de la 5e tranche du prêt de 110 Md€ semble acquis. En échange, la Grèce va consentir un nouveau plan d’économies (de 22 Md d’ici à 2015). Désormais, le débat porte sur un nouveau plan d’aide. Les montants évoqués vont de 60 à 100 Md€. Ce nouveau plan est rendu indispensable par l’incapacité du pays à se présenter sur le marché primaire de la dette souveraine pour se financer. Une annonce est attendue lors du sommet européen des Chefs d’Etat et de gouvernements les 23 et 24 juin prochain. Dernier petit avatar, mais de taille celui-là, Moody’s a indiqué que la Grande-Bretagne pourrait perdre son AAA si la croissance restait faible et si le gouvernement ne parvient pas à atteindre ses objectifs de réduction de la dette. Moody’s s’inquiète de la capacité du gouvernement à assainir les comptes publics dans les proportions promises. Vaste sujet !
Le dicton du jour est à méditer : Saint-mars mouillé au petit jour, c’est la pluie pour tout le jour.
Jean Noël VIEILLE
