Enlever le « i » de « indépendant » dans le titre « Conseil en Gestion de Patrimoine Indépendant (CGPI) » comme le souhaite la chambre des indépendants du patrimoine et continuer à percevoir des commissions de placement lorsque les Conseils en Gestion de Patrimoine préconisent tel ou tel placement ne sera pas suffisant.
L’affaire « ARISTOPHIL » et la faillite annoncée de cette société de vente de manuscrits comme outil de diversification patrimoniale (cf article complet : « Aristophil, une vaste arnaque type Madoff ou chaîne de ponzi ?) pose la question du rôle des conseils en gestion de patrimoine, de leur indépendance vis à vis des fournisseurs de produits, mais surtout de leurs compétences réelles.
Les manuscrits « ARISTOPHIL » étaient vendus pas des Conseils en Gestion de Patrimoine Indépendants bien heureux de pouvoir vendre des produits financiers différenciant et peu gênés d’annoncer des performances garanties incroyablement élevées.
Comment peut on se dire professionnel du « conseil » et de la gestion de patrimoine et conseiller l’achat de produits financiers dont le rendement annoncé (8%), sans risque relève du fantasme. En finance, il n’y a pas de rendement sans risque ! Un rendement de 8% ne peut pas être obtenu sans une prise de risque et un minimum d’aléa. Les CGPI vendeurs d’ARISTOPHIL ont oublié les bases de leur métier.
 

L’affaire ARISTOPHIL pose la question de la compétence des CGPI et jette le discrédit sur une profession qui n’avait pas besoin de ça.

Les Conseils en Gestion de Patrimoine Indépendants sont actuellement en pleine tourmente sur l’avenir de leur modèle économique et essayent de démontrer qu’ils exercent avant tout un métier de « conseil » et qu’il n’est pas incohérent de proposer une prestation de conseil et d’être rémunéré par commission sur la vente de produits financiers ou immobiliers.
Depuis des mois, les représentants des Conseils en Gestion de Patrimoine Indépendants font un lobbying actif pour démontrer aux instances de Bruxelles que le maintient des commissions lors de la vente de produits de placement est une nécessité et cela dans l’intérêt de l’épargnant consommateur. L’affaire « ARISTOPHIL » et ses 500 millions d’euros de préjudice estimé ne participe pas positivement à ce lobbying et démontre même le contraire.
Car bien au delà de la question de l’indépendance réelle des Conseils en Gestion de Patrimoine Indépendants, c’est maintenant la question de leur compétence réelle qui doit être au cœur de la réflexion.
La redéfinition du métier de Conseil en Gestion de Patrimoine Indépendant n’est plus une option, elle devient une nécessité dans l’intérêt du consommateur. 
Dans un article publié de colère après Patrimonia sous le titre « Gestion de patrimoine : Les indépendants sont ils vraiment « indépendants » ?« , nous réalisions plusieurs préconisations fortes visant à augmenter le niveau de compétence des CGPI, toujours pour une meilleure satisfaction client :

  • Ne plus accepter, aucun cadeau, ni autre avantage d’un établissement (financier ou immobilier) dont le CGPI pourrait proposer les produits à ses clients ;
  • Que les formations obligatoires, nécessaires à la montée en puissance de la profession, ne soient plus organisées, ni payées par les fournisseurs de produits financiers ou immobiliers, mais par les CGPI eux-mêmes ou leurs chambres syndicales ;
  • … et plus généralement, le CGPI ne peut plus considérer le fournisseur de produit financier ou immobilier comme un partenaire de long terme. Le seul partenaire de long terme des CGPI doit être son client et la réalisation de ses objectifs.  Les CGPI doivent cesser de se considérer comme les distributeurs et la force commerciale des fournisseurs de produits (assurance vie, asset management, immobilier) ;
  • Que la rémunération du conseil soit indépendante de la vente de produits financiers ou immobiliers ;

 
Un Conseil en Gestion de Patrimoine non rémunéré par ARISTOPHIL à chaque vente de manuscrits aurait il pris le risque de préconiser ses placements exotiques à ses clients ? Je ne crois pas.
Je crois que les CGPI considéraient ARISTOPHIL comme une opportunité commerciale de différenciation vis à vis de leurs concurrents directs (banque privée, compagnie d’assurance vie) qui ne préconisaient pas ces produits (et pour cause).
Je crois (j’espère) que la majorité savait que le produit ne pouvait pas être une solution miracle mais s’est laissée berner par les marges possibles, le discours bien rodé de la société et de son représentant Gérard Lhéritier et surtout par la possibilité de continuer à augmenter son chiffres d’affaires dans un contexte économique morose.
Cette affaire démontre un fois de plus que les CGPI se comportent comme des distributeurs de produits financiers à la recherche de solutions pour augmenter leur chiffre d’affaires et plus comme des « conseils » au service de leurs clients. Il est urgent, dans l’intérêt de l’épargnant consommateur de clarifier la situation !
Un conseiller qui est rémunéré lorsqu’il vend un produit, n’est pas un conseillé, c’est un vendeur ! Il n’y a pas de honte à être un vendeur, le consommateur doit seulement connaître la réalité de la prestation fournie pour ne pas être déçu.
 
 

La responsabilité civile professionnelle des conseils en gestion de patrimoine indépendants inefficace pour indemniser les épargnants floués ?

Enfin, les épargnants qui perdraient une partie de leur capital dans cette affaire (nous attendons encore la suite donnée, mais nous sommes inquiets pour les épargnants – Combien vont il pouvoir récupérer ? ) pourraient alors se retourner contre leur Conseil en Gestion de Patrimoine Indépendant qui leur a vendu ce placement.
Malheureusement, il y a fort à parier que les assurances responsabilité civile professionnelles ne couvriront pas la vente de ses produits non homologués par l’AMF, ni par aucun autre organe de contrôle.
 
La Chambre des Indépendants du Patrimoine (oui, celle qui va changer de nom pour abandonner l’indépendance dans son titre et qui affirme que cela ne changera rien dans sa pratique) a immédiatement communiqué auprès de ses membres pour les mettre en garde contre la vente de produits exotiques mais surtout pour s’assurer que ses membres faisaient le nécessaire pour ne pas être attaqué en justice par des clients bafoués :

Enfin et surtout, veillez à ce que, quelle que soit la solution proposée au client, vous ayez pourvu à l’ensemble de vos obligations d’information et de conseil telles que la remise de votre DER, la rédaction d’une lettre de mission, la remise d’un rapport écrit rappelant l’intérêt et l’avantage de telle ou telle solution, ainsi que le profil de risque mis à jour signé par le client.

L‘intérêt du client semble bien éloigné des préoccupations immédiates…
 
Seule « la compagnies des CGPI », syndicat minoritaire représentatif des conseils en gestion de patrimoine indépendant avait interdit la vente d’ARISTOPHIL à ses membres.
 
 

ARISTOPHIL, l’investissement dans des manuscrits dont le rendement historique est de 9% par an ?

Pour mieux comprendre comment était vendu ce placement miracle, voici une courte vidéo très explicite :

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