Depuis quelques jours, nous constatons de nombreux articles publiés dans la presse après une lecture hâtive et biaisée d’une excellente analyse de l’INSEE (« Plus de propriétaires depuis cinquante ans : des effets secondaires défavorables à l’emploi ?« ).
Le sous-entendu de ces articles est simple : Il faut encourager (fiscalement ?) les locataires ou décourager (fiscalement ?) l’achat d’une résidence principale afin de réduire le chômage.
En effet, selon la légende urbaine, il convient de lutter contre l’absence de mobilité des propriétaires de leur résidence principale afin de réduire le chômage : Les actifs doivent pouvoir se déplacer facilement pour trouver un emploi dans une zone en manque de main d’œuvre, or, être propriétaire de sa résidence principale est un boulet qui rend plus difficile le déménagement
Tous les grands journaux titrent sur cette fakenews, oubliant que corrélation, ni vaut pas causalité :
- Le figaro : Plus il y a de propriétaires, plus il y a de chômeurs selon l’Insee ;
- Capital : Quand le nombre de propriétaires influe sur le taux de chômage ;
- BFM Business : Pourquoi le chômage baisserait, si la France comptait moins de propriétaires ;
- Les Echos : L’étonnant paradoxe du lien entre propriété du logement et chômage
Bref, pas de débat, le propos est limpide : Il faut décourager la propriété de sa résidence principale pour réduire le chômage, c’est tellement évident que personne n’y avait pensé avant 😉
Pourtant, l’excellente analyse de l’INSEE, si elle fait la corrélation entre taux de propriétaire et taux de chômage, elle n’établit pas une causalité directe.
Corrélation, ne signifie pas causalité.
Selon l’INSEE, ce n’est pas le taux de propriétaire important qui peut expliquer une partie du chômage … mais la tension du marché immobilier dans les bassins d’emploi en manque de main d’oeuvre.
Puisqu’il convient de toujours revenir à la source pour être certain de comprendre la donnée, nous nous sommes plongé dans l’analyse de l’INSEE (« Plus de propriétaires depuis cinquante ans : des effets secondaires défavorables à l’emploi ?« ). Nous y trouvons dès lors une analyse passionnante qui va à l’encontre des idées reçues diffusés par les médias mainstream.
Voici en quelques lignes le propos de l’INSEE :
Les propriétaires sont effectivement moins souvent au chômage que les locataires : une plus forte densité de propriétaires joue dès lors mécaniquement à la baisse sur le taux de chômage […] Mais, une forte densité de propriétaires peut engendrer des tensions sur le marché du logement : ces tensions sont susceptibles de compliquer la recherche d’emploi des chômeurs, par exemple en limitant leurs opportunités de trouver un logement à proximité des offres d’emploi.
Ainsi, il me semble faux d’exprimer l’idée selon laquelle il est possible d’expliquer une partie du chômage par un taux de propriétaire de résidence principale élevée. Au contraire, ce sont les tensions du marché immobilier, c’est à dire une offre de logements insuffisante dans les zones ou les offres d’emploi sont importantes, et donc des prix de l’immobilier trop élevés dans ces zones, qui peut expliquer une partie du taux de chômage et l’absence de mobilité des chômeurs.
Prenons une situation caricaturale pour comprendre. Imaginez un ex- cadre d’une PME (3000€ / mois), propriétaire de sa résidence principale dans le sud ouest de la France, a qui l’on propose un poste à Paris (3500€ / mois), ville dans laquelle , il n’aurait pas les moyens de loger sa famille dans des conditions convenables. Croyez vous la mobilité facile ?
De surcroît, dans contexte d’un couple ou les deux membres travaillent, faut il envisager une double résidence ? Faire démissionner le conjoint ? – Les ex parisiens nouvellement arrivés à Bordeaux, savent de quoi je parle 😉
Les conclusions sont alors totalement différentes : Il ne s’agit plus de pointer la faute sur les propriétaires de résidence principale pour expliquer l’absence de mobilité des chômeurs, et donc le chômage, … mais les prix de l’immobilier trop élevé dans les bassins d’emploi en manque de main d’œuvre.
La réponse est alors de mettre en œuvre une stratégie d’offre de logement abordables dans les bassins d’emplois en manque de main d’œuvre ! Et en aucun cas, une énième stigmatisation des propriétaires immobiliers !
Décourager (fiscalement ?) la propriété de sa résidence principale (ou encourager la location de sa résidence principale) n’est pas la solution pour réduire le chômage !
Ce n’est donc pas en taxant davantage les propriétaires de résidence principale ou en encourageant la location de sa résidence principale que l’on va réduire le chômage !
En revanche, la question de la baisse des prix ou plus globalement de la fluidité du marché immobilier doit être prioritaire ! La question de l’offre de logements abordables dans les bassins d’emploi en manque de main d’œuvre doit être le sujet prioritaire.