Leblogpatrimoine.com est né en 2009. Depuis maintenant 11 ans, ce sont environ 3500 articles et surtout 73500 commentaires. Leblogpatrimoine.com est devenu un site communautaire tant les commentaires apportent une valeur indiscutable au travail que nous initions avec les articles de fond.

Ensemble, nous avançons, nous essayons de comprendre le monde dans lequel nous vivons car il s’agit là d’un préalable indispensable pour espérer gérer au mieux son patrimoine. Depuis plus de 10 ans, nous avons ensemble acquis beaucoup d’expérience et une nécessaire humilité tant la complexité des choses oblige à accepter de ne pas savoir.

On peut essayer d’anticiper, dérouler une narration, capter l’air du temps, mais il faut intégrer l’éventuel et accepter l’impossible certitude. C’est la raison pour laquelle vos commentaires sont d’une haute valeur. Ils permettent de construire la vérité du moment et donc de prendre des décisions en connaissance.

En effet, la vérité, tout comme l’histoire d’ailleurs, ne soit que narration et interprétation d’un fait. Pour réussir à gérer son patrimoine, il faut comprendre cette narration afin d’essayer d’anticiper sa direction future. Napoléon Bonaparte avait cette citation que je trouve parfaite pour illustrer le travail que nous essayons de faire ensemble : « L’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord ».

Comprendre la narration du monde est essentiel. Avoir raison tout seul n’a aucun sens. La vérité n’existe que si elle est partagée par le courant dominant. Ainsi, gérer son patrimoine, c’est essayer de comprendre ce qu’est ce courant dominant afin d’en capter la valeur. Avoir raison tout seul, c’est avoir tort. 

C’est la raison pour laquelle, de nombreux articles sont consacrés à essayer de capter l’air du temps. Il s’agit d’essayer de comprendre la narration dominante qui nous permettra de prendre des décisions en accord avec le moment.
 

Une crise grave et à un accès à une information surabondante grâce à internet donne une visibilité excessive aux narrations marginales et vous empêche de prendre de bonnes décisions.

Fin du monde connu, collapsologie, destruction de l’économie, effondrement de nos civilisations … Depuis quelques années, nous sommes confrontés aux pires prédictions. A entendre, ceux qui disent savoir, nous sommes tous morts dans 10 ans ou si nous survivons, nous n’aurons plus de quoi manger.

Entre la hausse du niveau de la mer qui va submerger nos côtes, les dettes publiques qui entraineront un défaut généralisé des pays les plus riches, nos banques qui pourraient faire faillite, le réchauffement climatique qui va tous nous tuer et puis, cette épidémie qui signe la fin des temps. Il est évident que nous sommes à la veille de la fin du monde.

Mais s’agit il vraiment de la narration dominante ou simplement la visibilité excessive de narrations marginales qui brouille la perception du moment ? Internet et les réseaux sociaux sont des outils très intéressants, mais n’ont ils pas pour conséquence de conférer une visibilité excessive à des préoccupations marginales ?

Ces sujets ne sont pas la narration dominante. Il s’agit d’une narration marginale dont la visibilité excessive nous fait croire à une nouvelle vérité.

Qui croit vraiment que nos civilisations vont disparaître demain avec le réchauffement climatique ? Ma réponse : Personne à part les illuminés. Nous allons nous adapter, et continuer à avancer. L’adaptation, c’est la prise en compte de l’impact environnemental dans le cycle de production. Croire dans la fin du monde est suicidaire et auto-réalisateur.

Nous vivons un moment millénariste comme nous en avons vécu des milliers depuis 2000 ans… et pourtant l’homme est toujours là… et, surtout, il vit de mieux en mieux partout dans le monde. Ces moments apocalyptiques sont courants dans l’histoire pourtant, nous sommes toujours là et la vie est plutôt agréable.

Pour illustrer le propos, voici un court extrait du livre « Les routes de la soie » de Peter Frankopan :
Nous sommes entre 1450 et 1492.

« Le sort de Constantinople causa de vives préoccupations en Russie : on n’y vit pas tant l’annonce d’une résurgence musulmane que le signe d’une fin du monde imminente. Depuis longtemps des prophéties orthodoxes avaient cours, selon lesquelles Jésus arriverait au début du VIII millénaire pour présider le jugement dernier : Elle semblaient sur le point de s’accomplir. Les forces du Mal s’étaient libérées pour administrer le coup de grâce au monde chrétien. Le haut clergé était si persuadé de l’imminente apocalypse qu’on dépêcha un prêtre en Europe occidentale pour avoir des informations plus précises sur l’heure ou elle se produirait. Pour certains, il n’était plus besoin de calculer la date de Pâques ou d’autres fêtes mobiles puisque la fin du monde allait éclater. Fondée sur le calendrier byzantin utilisé en Russie, la chronologie était claire comme de l’eau de roche. Si l’on se servait de la date de la Création, 5508 ans avant la naissance du Christ, le monde prendrait fin le 01 septembre 1492.

De l’autre côté du continent, on trouvait d’autres personnes persuadés que les derniers temps approchaient vite. En Espagne, l’attention se porta sur les musulmans et les juifs, dans un contexte d’intolérance religieuse et culturelle grandissante. Les premiers furent expulsés d’Andalousie par la force des armes, les seconds confrontés à un choix cornélien : se convertir au christianisme, quitter l’Espagne ou être exécutés.

[…]

Parmi ceux qui s’inquiétaient de l’avenir de la foi, figure Christophe Colomb. Bien de selon ses propres calculs, 155 ans dussent encore s’écouler avant le deuxième avènement, Colomb était choqué par la pratique religieuse purement extérieures des fidèles et tout particulièrement par l’indifférence de l’Europe à l’égard de Jérusalem.

[…]

Trois navires mirent à la voile depuis Palos de Frontera en Espagne méridionale le 03 Août 1492, moins d’un mois avant la fin du monde prévue en Russie. Tandis qu’il déroulait ses voiles et se lançait dans l’inconnu, Colomb ne se doutait pas qu’il préparait quelque chose d’inouï : Il allait faire passer le centre de gravité de l’Europe d’Est en Ouest.

[…]

Le monde changea à la fin du XVieme siècle. Il n’y eut pas d’apocalypse, pas de fin des temps comme Colomb et d’autres le redoutaient. Une succession d’expédition au long cours, parties d’Espagne et du Portugal, relièrent les Amériques à l’Afrique et à l’Europe et finalement à l’Asie pour la première fois. Dans ce cadre, de nouvelles routes commerciales furent créées, qui parfois prolongeaient les réseaux existants, parfois les remplaçaient. Les idées, les marchandises et les hommes se mirent à aller plus loin et plus vite qu’à tout autre moment de l’histoire passée et en plus grand nombre.

La nouvelle aube propulsa l’Europe au centre de la scène, la baigna d’une lumière dorée, la bénit d’une succession d’âge d’or.  … »

 
Si le meilleur n’est jamais certain, le pire n’ont plus.

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