Les rendements des fonds euros en 2022 ont été très mauvais au regard de l’inflation exceptionnelle subi cette même année. Pourtant, les compagnies d’assurance-vie ont limité la catastrophe en apparence en relevant le taux de rendement.

Un relèvement manifeste des rendements des fonds euros qui leur aura permis de sauver la face à court terme et de laisser à penser que les compagnies pourraient sereinement accompagner la remontée générale des taux d’intérêt. Il n’est pas impossible que les apparences soient trompeuses.

Selon mes calculs, les fonds euros pourraient afficher une décollecte nette de 12.4 milliards depuis le début de l’année 2023. Ce n’est clairement pas une bonne nouvelle pour les rendements futurs des fonds euros.

Je ne vois pas comment les rendements des fonds euros pourront augmenter si la collecte n’est pas plus forte.

En réalité, les rendements 2022 ne reflètent pas le rendement réel des fonds euros. Les compagnies d’assurance-vie ont pioché dans leur réserve en attendant des jours meilleurs qui ne viennent pas encore.

En 2023, l’enjeu pour les compagnies d’assurance-vie est alors d’attirer de nouveaux épargnants et limiter les rachats partiels. Nous sommes en juillet 2023 et les taux d’intérêt ont considérablement augmenté. On annonce le livret A à 4% pour août. Les meilleurs CAT oscillent entre 3% sur 12 mois à 4% sur 24 ou 36 mois.

La concurrence est rude, pourtant, les compagnies d’assurance-vie doivent collecter de l’épargne sur leur fonds euros pour profiter de cette hausse des taux et améliorer ainsi le rendement de leur portefeuille.

Malheureusement pour les compagnies, les épargnants boudent l’assurance-vie. La collecte espérée est en train de se transformer en décollecte. Les versements sur les fonds euros sont trop faibles par rapport au rachat.

Les compagnies ne peuvent donc pas profiter de la hausse des taux pour améliorer le rendement de leur portefeuille. Et, c’est même pire en réalité, car la décollecte sur les fonds euros oblige surtout les compagnies à vendre certaines obligations potentiellement en forte moins-value.

La violente remontée des taux d’intérêt intervenue en 2022 a dégradé le portefeuille des compagnies d’assurance-vie. De trop nombreux rachats partiels obligeraient les compagnies d’assurance-vie à matérialiser ces moins-values, ce qui fragiliserait leur solvabilité. Nous n’y sommes pas encore. La décollecte doit être comparée aux encours. 12/1800 milliards, c’est rien.

Bref, les compagnies d’assurance-vie doivent collecter sur le fonds euros :

  • 1- Pour profiter de la hausse des taux pour investir dans des obligations mieux rémunérées ; Les rendements futurs des fonds euros ne pourront pas augmenter suffisamment rapidement si les compagnies ne peuvent pas investir dans de nouvelles obligations plus rémunératrices.
  • 2- Pour éviter de devoir vendre des obligations en forte moins-values latentes, ce qui fragiliserait leur solvabilité. Les compagnies d’assurance-vie garantissent le capital épargné dans les fonds euros… mais faut-il encore que tous ne demandent pas leur argent en même temps. Aujourd’hui, les conditions de marché ne sont clairement pas favorables aux compagnies d’assurance-vie.

… mais les derniers chiffres publiés laissent à penser que nous sommes plutôt en situation de décollecte sur le fonds euros.

En mai 2023, les cotisations s’établissent à 10,1 milliards d’euros et la collecte nette à −1,6 milliard d’euros En mai 2023, les cotisations en assurance vie enregistrent une baisse de −1,5 milliard d’euros par rapport au mois de mai 2022 (soit −13 %) pour s’établir à 10,1 milliards d’euros. Elles baissent de −0,5 milliard d’euros pour le compartiment en euros et de −1 milliard d’euros pour celui en unités de compte (UC).

Les prestations s’établissent à 11,7 milliards d’euros en mai 2023, en progression de +1,8 milliard d’euros par rapport à mai 2022. Cette hausse concerne à la fois les supports en euros (+1,3 milliard d’euros) et les supports en UC (+0,5 milliard d’euros). La collecte nette est ainsi négative sur le mois, à −1,6 milliard d’euros. Elle demeure positive en UC, à +1,7 milliard d’euros ».

France assureur – Chiffres de l’assurance-vie – Mai 2023

Au total, ce sont 12.4 milliards de décollecte depuis le début de l’année.

En mai, une décollecte nette globale de -1.60 milliard, mais une collecte nette de 1.70 milliard en UC, suppose donc une décollecte de 3.30 milliards euros les fonds euros. C’est beaucoup, d’autant plus que les premiers mois de l’année sont également en décollecte.

En avril, « La collecte nette est positive, à +1,3 milliard d’euros sur le mois d’avril, dont +3,6 milliards d’euros en titres des supports UC ». Suivant le même raisonnement, cela signifie une décollecte de -2.30 milliards pour le fonds euros ?

En mars, « La collecte nette demeure positive, à +0,4 milliard d’euros sur le mois de mars, dont +3,1 milliards d’euros en supports UC ». Cela signifie donc une décollecte de 2.70 milliards d’euros (2.70+0.4 = 3.10)

En février, « La collecte nette reste positive, à +1,1 milliard d’euros sur le mois : elle s’établit à +2,8 milliards d’euros en supports UC et à −1,7 milliard d’euros en supports euros. « . Ils ont été transparent sur la décollecte du fonds euros. ps : Vous noterez le changement de présentation. A partir de mars, la décollecte sur le fonds euros n’est plus affichée, il faut la calculer ;-(

En janvier, « la collecte nette reste positive, à + 1,2 milliard d’euros sur le mois. À + 3,6 milliards d’euros, la collecte nette en UC demeure proche de son niveau record atteint l’année dernière pour un mois de janvier.« , soit une décollecte de 2.40 milliards d’euros.

Au total, les 5 premiers mois de l’année, la décollecte des fonds euros pourrait atteindre 2.40 en janvier, 1.70 en février, 2.70 en mars, 2.30 en avril et 3.30 en mai, soit 12.4 milliards d’euros.

C’est à la fois peu au regard de l’encours total sur les fonds euros… mais beaucoup car les compagnies ont besoin de collecter pour améliorer le rendement futur du fonds euros.

Bref, la situation n’est pas simple.

Le risque ne me semble pas être celui de la solvabilité à court terme, le risque est pour les rendements futurs des fonds euros. Les rendements pourraient ne pas remonter aussi rapidement que certains veulent bien l’espérer.

Je ne vois pas comment les rendements des fonds euros vont pouvoir durablement augmenter dans cette situation.

Néanmoins, si les vieux fonds euros devraient souffrir, les nouveaux fonds euros cantonnés (le mot important ici est « cantonné » – Un nouveau fonds euros non cantonné n’aurait que peu d’intérêt) que l’on retrouve dans les PER ou dans des compagnies offensives pourraient eux afficher de beaux rendements à l’avenir.

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