– Un article rédigé avec talent et conviction par Maxime GODON, analyste patrimonial, fiscal et successoral indépendant  – 

 

Il paraît que les premiers jours du mois de Janvier sont propices à la déprime. Afin de ne pas céder au marasme ambiant, je vous propose d’aborder aujourd’hui un produit financier dont le seul nom suffira à vous rendre le sourire : le Crédit Linked Note ou CLN.

Après tout, quoi de mieux qu’un produit financier complexe au nom barbare pour réveiller l’optimiste qui sommeille en chacun de vous ?

Vous l’avez peut-être déjà croisé dans votre contrat d’assurance-vie ou dans votre compte-titres si vous êtes suivi par un conseiller en gestion de patrimoine. Le CLN fait partie des produits financiers complexes proposés à des épargnants dont la surface financière permet une diversification poussée.

Si ce type d’instrument financier n’est pas ouvert à tous les épargnants, c’est aussi parce que le ticket d’entrée est important (de 30 000 € à 100 000 € selon les CGP) et qu’une pondération trop élevée représenterait un risque inconsidéré. C’est pourquoi il est recommandé de ne pas investir  plus de 10% de votre épargne financière dans ce type de produits.

Envie de comprendre le fonctionnement du Crédit Linked Note ? Alors préparez une aspirine et suivez-moi ;-).

 

Comme tout produit structuré, le CLN peut-être déroutant de complexité pour l’investisseur particulier.

 

Fonctionnement d’un Crédit Linked Note pour l’épargnant

Un Crédit Linked Note se rapproche extérieurement d’un produit structuré par ses caractéristiques principales :

  • Le CLN s’appuie sur un ou plusieurs sous-jacents
  • Sa durée et sa rémunération sont prévues
  • Le remboursement du capital investi se fait à l’échéance du produit
  • La rémunération est quant à elle distribuée annuellement
  • Le capital investi n’est pas garanti et peut potentiellement être totalement perdu

 

Pour autant, le CLN possède des spécificités propres à sa nature obligataire :

  • Des coupons sont versés annuellement
  • Seul un événement de crédit lié à l’émetteur ou à la société sous-jacente peut affecter le versement des coupons ainsi que le remboursement du capital

Pour résumer brièvement : Un Crédit Linked Note propose une rémunération en contrepartie d’un risque lié à la solvabilité d’une société et de l’émetteur de celui-ci.

Mais alors, comment fonctionne concrètement un Crédit Linked Note pour vous, investisseur ?

 

Le scénario favorable d’un Credit Linked Note

 

Comme vous pouvez le constater, le fonctionnement d’un Crédit Linked Note est plutôt simple à comprendre. Nous sommes ici dans le scénario d’un déroulement sans accroc et donc sans événement de crédit.

Il reste à préciser que les coupons versés annuellement ne sont pas capitalisés. Ils sont au contraire distribués sur le Fonds en Euros dans le cas d’un contrat d’assurance-vie ou sur le solde espèces de votre compte-titres.

Ces sommes peuvent donc être réinvesties chaque année sur d’autres supports ou produits selon vos souhaits. Bien entendu, ces sommes peuvent aussi être récupérées dans le cadre d’une stratégie de création de revenus complémentaire sur le court terme.

 

Le scénario défavorable d’un CLN

 Pour autant et comme précisé auparavant, un Crédit Linked Note n’est garanti ni en capital ni en distribution. Vous risquez donc au travers de ce placement financier de perdre non seulement les coupons prévus mais aussi le capital investi.

Mais alors dans quelle situation risquez-vous de perdre tout ou partie de votre capital ?

Tout simplement si un événement de crédit survient sur la société sous-jacente (ENGIE dans notre exemple) ou sur l’émetteur (banque ou compagnie d’assurance).

Un événement de crédit peut être :

  • La mise en liquidation judiciaire (ou faillite)
  • Le défaut de paiement
  • La restructuration de dette

Vous êtes donc exposés à un double risque d’événement de crédit. Bien que l’on puisse considérer comme peu probable la survenance d’un tel événement sur un établissement bancaire, l’histoire nous enseigne que tout est possible.

 

Etude de cas : la société Rallye

Afin d’illustrer le plus clairement possible les conséquences d’un événement de crédit sur un Crédit Linked Note, autant aborder un cas réel et récent : la holding Rallye.

 

Je ne m’attarderai pas ici sur la situation financière spécifique de la société Rallye ni sur la moralité des émetteurs de Crédit Linked Note ayant pour sous-jacent la société Rallye.

Le plus important ici est aussi le plus triste pour les épargnants : la survenance d’un événement de crédit sur l’entité Rallye sous-jacente du CLN présenté ci-dessus.

Rallye voyant sa solvabilité compromise à court terme se place volontairement en procédure de sauvegarde le 23 Mai 2019. Soit moins de deux mois avant l’échéance de ce CLN.

Cette procédure de sauvegarde supposant une restructuration de la dette de la société Rallye, le comité de détermination de l’ISDA (International Swaps and Derivatives Association) reconnaît que cette procédure constitue un événement de crédit.

Par la même occasion, l’ISDA se donne un délai de plusieurs semaines afin de fixer le taux de recouvrement des CLN concernés par cet événement. Malgré une liquidité quotidienne, le mal est fait pour les petits épargnants. En effet, pendant cette période de flottement le cours des CLN concernés s’effondre pour coter à 10% de sa valeur de départ.

Le couperet tombe le 1er Juillet 2019. Le taux de recouvrement est fixé à 12,50% et c’est ce pourcentage du capital investi que récupéreront quelques jours plus tard les investisseurs.

Dans leur malheur, les investisseurs auront tout de même touché 2 années de coupons sur 3 contrairement aux porteurs de CLN plus récents.

Pour ces investisseurs dont la perte en capital est de 87,50%, le réveil est rude.

Comment peut-on perdre autant pour une simple procédure de sauvegarde ne remettant pas en cause la survie de Rallye à court terme ?

Si beaucoup pensaient être en possession d’obligations rallye en plus sophistiquées pour un meilleur rendement, c’est parce que la réalité d’un Credit Linked Note n’est pas simple à vendre pour un conseiller en gestion de patrimoine. ll est donc plus simple de parler d’obligation Rallye.

Pourtant, il est difficile d’être plus dans le faux.

 

La raison d’être du Crédit Linked Note

 Un Crédit Linked Note est une obligation synthétique ou dérivée.

Si on retrouve le terme obligation, je vous arrête de suite : Un CLN n’est pas une obligation au sens où vous l’entendez. Par conséquent, lorsque vous achetez des parts de Crédit Linked Note, vous ne prêtez pas d’argent à la société visée et n’êtes pas un de ces créanciers.

Afin de comprendre le montage d’un Crédit Linked Note, il est nécessaire d’appréhender l’utilité de cet instrument financier pour les établissements bancaires ou compagnies d’assurance.

En effet, le montage d’un Crédit Linked Note découle du besoin même de son émetteur. Il serait naïf de penser que ces produits n’ont pour but que d’offrir aux épargnants un couple rendement / risque optimisé sur un marché obligataire aux rémunérations faibles.

 

Utilité du CLN pour son émetteur

 Lorsqu’une société souhaite se financer sans diluer son actionnariat ou mettre en péril sa gouvernance, elle passe logiquement par le financement obligataire. Et quelle est la première source de financement pour une société ? Je vous le donne en mille : le crédit bancaire.

Il est donc monnaie courante que les établissements bancaires octroient des financements colossaux à des sociétés comme Rallye. Ils deviennent alors des créanciers (privilégiés) de la société.

Seulement, être prêteur est une position fondamentalement risquée et les banques sont passées maîtres dans l’art complexe de l’analyse et du contrôle du risque. De ce fait, lorsqu’une société dont la banque est créancière est dans une situation délicate, il lui faut trouver des solutions pour réduire son exposition en cas de liquidation.

La revente de ces créances n’est pas forcément pertinente. D’une part c’est une solution radicale et d’autre part ces créances ont certainement déjà perdu de leur valeur à cause de l’incertitude pesant sur la solvabilité de la société. Cela reviendrait donc à fermer une position boursière en perte : trop radical pour une simple couverture de risque.

C’est là que le Credit Linked Note intervient. Cet instrument financier permet à l’établissement bancaire de conserver la possession de ces créances tout en couvrant le risque de défaut. Et comment couvrir ce risque ? Tout simplement en proposant aux investisseurs particuliers de porter ce risque contre une rémunération plus avantageuse que s’ils étaient des créanciers classiques de la société.

Vous allez certainement vous demander comment l’établissement bancaire peut gagner de l’argent en proposant à l’épargnant une rémunération supérieure à la sienne en tant que créancier classique.

Afin de vous donner quelques pistes, voyons la logique de construction  (simplifiée) d’un CLN.

 

Le montage d’un Crédit Linked Note

 Le montage d’un CLN repose sur l’utilisation d’un produit dérivé en particulier : le Crédit Default Swap ou CDS.

Ce produit dérivé est utilisé en tant qu’assurance contre le non-paiement d’une dette au même titre qu’une assurance emprunteur lorsque vous achetez votre résidence principale.

C’est donc l’établissement bancaire prêteur souhaitant couvrir le risque de défaut de la société Rallye qui va acquérir ces CDS portant sur Rallye. En faisant cela, elle transfère le risque de défaut au vendeur de CDS. Et puisque votre assurance emprunteur n’est pas gratuite, ce n’est pas non plus le cas du CDS qui suppose le versement d’une prime.

Mais alors, où intervenez-vous dans cette affaire ? Et où est passé notre CLN ?

 

Voici un schéma illustrant les différentes étapes menant à la création d’un Crédit Linked Note.

Cette illustration permet d’analyser la situation de l’acquéreur de parts de CLN comme de celle d’un réassureur. En effet, l’investisseur particulier (dans la mesure où il est correctement et loyalement informé) accepte de porter le risque de défaut de la société emprunteuse de départ sur son capital en échange d’une rémunération sous forme de coupons.

 

L’épargnant est-il le dindon de la farce ?

 Si le schéma précédent ne semble pas soulever de problème éthique puisqu’il ne s’agit finalement que d’offre et de demande, une autre lecture bien moins morale de ce schéma est possible.

En effet, dans notre lecture actuelle du montage, Le vendeur de CDS assure l’établissement non pas pour la seule faillite de l’entité Rallye mais pour tout événement de crédit. Il est donc normal que l’épargnant soit soumis aux mêmes exigences en acceptant de porter le risque du vendeur de CDS.

Cependant…

 

Voilà la réalité de la couverture d’une créance bancaire via l’achat de CDS puis la vente de parts de CLN.

Par le jeu de ses différentes filiales, chaque banque se couvre elle-même en achetant ses propres CDS. Par ailleurs le Crédit Linked Note lui-même est créé et émis par une filiale de la banque prêteuse.

 

Nous ne sommes donc plus dans la même configuration et voici le résultat en cas d’événement de crédit :

Le vendeur des CDS doit conformément à ses engagements verser à l’établissement prêteur un capital visant à couvrir le risque assuré soit le non remboursement de la dette de l’entité Rallye. Peu d’intérêt puisque la banque s’est plus ou moins couverte elle-même.

Cependant, grâce à la création du Crédit Linked Note, ce sont les investisseurs particuliers qui vont supporter cette indemnisation sur leur capital.

 

Mieux encore, un CDS est déclenché en cas d’événement de crédit, pas exclusivement en cas de défaut pur et dur de l’entité emprunteuse.

Par conséquent, la banque prêteuse reçoit une indemnisation au titre de sa garantie mais conserve aussi une chance non négligeable de voir sa créance remboursée pour tout ou partie par la société emprunteuse si sa solvabilité s’améliore par la suite.

Comme le dit l’expression : «le beurre et l’argent du beurre». Et le …. de l’épargnant ?

Si vous souhaitez approfondir le sujet, n’hésitez pas à consulter la composition de la commission de détermination de l’ISDA (chargée d’acter la survenance d’un événement de crédit permettant le dénouement des CDS).

 

Bonus : un exemple véridique de présentation du CLN aux épargnants

Comme vous avez pu le constater, expliquer le fonctionnement d’un Crédit Linked Note est complexe et nécessite que l’épargnant possède une certaine culture financière sous peine d’être rapidement noyé sous les termes et explications techniques.

Alors comment expliquer et vendre un CLN en 15 minutes chrono à un investisseur particulier peu intéressé par la finance ?

 

Démonstration :

 

Clair, précis, net et sans bavure. Voilà un argumentaire de vente de Crédit Linked Note tel qu’il est présenté par de nombreux conseillers en investissements financiers.

Et ne croyez pas que j’invente pour les besoins de l’article, c’est réellement un des manières courantes de présenter ce type de produits aux investisseurs.

Est-ce une explication honnête du produit ? Non.

Est-ce une manière morale de vendre un produit si complexe ? Assurément non.

Est-ce que cela fonctionne ? C’est incroyablement efficace.

Conclusion : ne prenez jamais pour argent comptant les explications d’un professionnel simplement parce que c’est son métier. Informez-vous, gardez un esprit critique et vous éviterez déjà un bon nombre d’écueils.

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30 Comments

  1. Très bon article. Résumé synthétique. Pour que les CGP puissent vendre des produits financiers malsains il suffit aux émetteurs de créer des produits compliqués affublés d’un nom ambigu qui sont agréés sans difficultés par les organes de réglementation. Comme personne ne comprend rien à ces produits, notamment les CGP, ces derniers les vendent sous le nom d’un produit bien connu et sécurisant pour toucher une belle commission. Et on voudrait que les français abandonnent les fonds en euros ! Relisons les classiques, ce sont les romains qui sont fous, pas les gaulois !

  2. Michel 2 says:

    « Conclusion : ne prenez jamais pour argent comptant les explications d’un professionnel simplement parce que c’est son métier. Informez-vous, gardez un esprit critique et vous éviterez déjà un bon nombre d’écueils. »

    Guillaume,
    Il n’y a pas si longtemps, sur un autre blog, vous m’avez dit: « Faites confiance à un professionnel (en parlant de vous) »
    Je vous ai aussitôt répondu : « Je ne fais confiance qu’à moi-même »

    Merci de me donner raison aujourd’hui .

    BONNE ANNÉE !

    • Maxime GODON says:

      Bonjour Michel !

      Je ne parlerai pas au nom de Guillaume, mais c’est en tout cas mon opinion, l’esprit critique est une chose précieuse dans tous les domaines.

      Bonne année à vous !

  3. Il y a une autre approche, placer l’honnêteté avant le business…

  4. C’est comme cela que j’ai compris que pour la gestion de mon patrimoine je ne devais compter que sur moi-même

  5. C’est quand même beau.Je trouve qu’on devrait féliciter le gars qui a inventé les CDS et les CLN.
    Et ensuite le fusiller.
    Mais chapeau tout de même.

  6. Ptitlouis says:

    Merci Guillaume

    Article utile en effet. Très belle explication de ce produit complexe…
    De notre côté l’aventure Adequity nous a vacciné même si nos clients patients ont tout récupéré. Mais on a transpiré…. ça nous a rendus humbles et méfiants.

    Michel2 et Gmo j’admire votre savoir !
    Mais à propos, si vous exercez un métier (ou avez exercé je ne sais pas) dans lequel vous pensez avoir quelques compétences : que penseriez-vous d’un particulier qui vous tiendrez les propos que ceux que vous tenez plus haut ?

    Il existe des CGP honnêtes qui essaient de faire leur travail avec passion et préoccupation du client. Si si je vous l’assure !

    Mais il est vrai qu’un arbre qui tombe empêche d’entendre la forêt qui pousse…

  7. Super article, merci.

    C’est complément dingue qu’une procédure de sauvegarde volontaire suffise pour déclencher un événement de crédit !

    De là à penser que l’entreprise fasse cette procédure sous pression de son banquier , on est pas loin de l’escroquerie..

    Il y a peut-être lieu d’en avertir le parquet financier. ..

  8. PhilippeC says:

    On peut remercier la crise de 2008, la marée basse qui s’en est suivie et la compréhension des mécanismes de la crise à clairement inciter les investisseurs/CGP (éclairés) à comprendre les pratiques des banques s’ils ne le faisaient pas déjà auparavant et à être extrêmement critiques depuis.

  9. Bonjour, merci pour cet article de fond. Avez vous connaissance d’actions en cours auprès de l’AMF pour tenter de récupérer les sommes perdues dans ces CLN Rallye ?
    Merci

  10. Bravo pour l’article !! Très clair !

  11. Sénèque says:

    Il peut aussi être intéressant d’évoquer les rétrocommissions perçues par les intermédiaires avec du upfront à plus de 1%, et des rétro annuelles sur encours fort sympathiques comparées aux rétro sur le support en euro et même les UC « classiques », donc une chose est certaine: pour les distributeurs et autres intérmédiaires, ces produits sont ultra rentables.

    Cela est déjà pour ma part un premier point d’interpellation: si un coupon « élevé » est proposé au client, et que par ailleurs plusieurs acteurs se prennent de belles rétro tous les ans au passage, cela signifie que le risque est très très élevé, que l’épargne du client permet à l’industrie financière de capter de nouvelles commissions généreuses…et supporté par l’épargnant qui ne sait pas comment le produit est monté.

    Je me rappelle d’un site d’informations financières qui proposait à un investisseur qui souhaite investir le marché automobile français, mais qui ne souhaite pas s’exposer au marché actions, qu’un CLN sur Renault par exemple est pertinent.
    Sauf qu’aucune actions Renault dans le portefeuille, que des produits dérivés financio-financiers qui ne sert que cette industrie financière sans nul rapport avec l’industrie automobile. Donc un « maquillage » est réalisé pour favoriser la vente du produit. Cela rejoint le questionnement sur « l’honnêteté » formulé par l’auteur de l’article.

    Je ne préconise pour ma part pas du tout ce genre de produit et recommande de les arbitrer si déjà détenus dans la mesure où cela est possible et en espérant qu’il y ait des remboursements anticipés.

    Ce genre de produits est également une formidable manne pour les établissements financiers qui en montent avec l’émission d’une obligation coupon 0 (émise par l’émetteur…) et qui blinde de produits dérivés par la suite. Se rappeler de l’épisode Lehman Brothers sur le risque de contrepartie peut être salutaire.

    « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », là, les distributeurs se réfugient derrière les graphiques de différents scenarii pour indiquer comment le produit fonctionne. Si vous demandez plus de détails, « l’énoncé supplémentaire » risque de ne pas être clair.

  12. Au niveau civil je pense qu’une action est possible car le vendeur de ce type de produit doit prouver qu’il a bien informé le consommateur de la situation financière de la société sous jacente: faire une recherche sur internet pour en savoir plus …

    • Maxime GODON says:

      Bonjour Jean,

      Une action sur la base du défaut de conseil est effectivement possible sur plusieurs base :
      – Adéquation du conseil avec le profil de risque
      – Explication claire & loyale du produit et de ses risques
      – Communication de la situation financière de l’entité

      Par ailleurs, c’est au CGP qu’incombe la charge de la preuve de cette obligation de conseil.

      Pour autant, les raccourcis sémantiques (« obligation Rallye » ; « garanti à échéance » etc) se font toujours de manière orale dans la profession.

      Les obligations réglementaires étant rigoureusement respectées via la signature d’obscures annexes parfaitement incompréhensibles pour l’investisseur qui se contente de signer le papier et de prendre l’explication orale pour parole d’évangile (la confiance est mère de déception).

      Concernant l’adéquation au risque, la plupart des CGP ont pour habitude de ranger l’intégralité de leurs clients dans la case « dynamique » donc pouvant être investi jusqu’à 100% en actifs non garantis.

      La partie n’est donc pas gagnée d’avance mais au vu des pertes colossales pour les investisseurs, parfois plusieurs centaines de milliers d’euros pour un seul, il serait étonnant qu’aucune action ne soit engagée dans le futur ou ne soit déjà en cours.

      Rien ne filtre pour le moment donc … Wait and see !

    • Ils auront pris soin de faire signer à l’investisseur toutes les décharges nécessaires après l’avoir soumis au questionnaire permettant de le classer dans la catégorie des investisseurs avertis.

  13. La conclusion est simple, et toutes les personnes averties (donc pas naïves) le savent : comme en immobilier de défiscalisation (et ds d’autres domaines) on a affaire à un vendeur, qui par définition veut vendre pour toucher sa com’. Et pour le faire, il va dire certaines choses qui ne seront pas écrites, ou au moins les sous-entendre. Mais un rendement supérieurs engendre forcément un risque supérieur.
    Sauf que là, c’est du grand art, puisque la banque qui créé ces CLN a un intérêt inverse de celui qui vend ces CDS qu ien sont les contrepartie : elle a intérêt à ce qu’il y ait un défaut de crédit. Même si c’est bien ficelé, j’attend de voir l’affaire en justice, et le point de vue du juge sur le devoir de conseil d’un établissement qu ia intérêt à ce que son client se plante pour le « délester » d’une grande partie de son capital tout en gardant la possibilité de recevoir une partie de la créance de la part du débiteur.

  14. J’aimerais que quelqu’un maîtrisant suffisamment le domaine nous donne les probabilités de gain pour l’acheteur de CLN, dans ce genre de cas (dés pipés, roulette bancale, cartes biseautées, …).

    Attention, la banque tire à 16, reste à 17.

  15. Je ne vois pas l’intérêt de ce type de produit si vous pouvez acheter en direct l’actif (actions ou obligations) via une enveloppe de capitalisation ( PEA ou Assurance-vie) et toucher les coupons ou dividendes sans intermédiaires…
    Investir dans des actifs/passifs tangibles et dans ses connaissances personnelles restent la meilleure des solutions pour développer son patrimoine.

  16. Bonjour,
    Pensez vous que dans un portefeuille dit « équilibré » c’est à dire à 50% actions et 50% monétaire/obligataire, il soit acceptable de remplacer la partie monétaire/obligataire par un CLN ? Merci pour votre opinion

    • Maxime GODON says:

      Bonjour André,

      Ni acceptable, ni souhaitable.

      Un CIF responsable refusera que votre exposition à un CLN dépasse les 10% de votre portefeuille financier, ce qui suppose généralement déjà un patrimoine financier conséquent. D’autres prendront plutôt en compte le patrimoine global, quand on connaît le poids de la Résidence Principale dans le patrimoine d’un ménage français moyen, c’est déjà une erreur selon moi.

      Côté pratique pour vous, une exposition obligataire vous confère une protection bien plus importante en cas de difficultés financières de la société concernée, la perte en capital sera, si je puis dire, la dernière extrémité si vous conservez l’obligation jusqu’à son échéance. Voilà pour la détention directe d’obligations.

      Dans le cas d’un FCP obligataire, vous risquez bien sûr une perte en capital à la revente de celui-ci mais vous détenez un portefeuille diversifié d’obligations permettant de réduire le risque de pertes très importantes.

      Dans le cas du CLN, vous serez exposé à la survenance d’un événement de crédit sans considération pour la solvabilité finale de l’entité. Vous avez donc bien plus de chance de rencontrer un événement de crédit qu’une liquidation totale menant au non remboursement d’une obligation classique.

      Un CLN n’est pas une obligation d’entreprise, il n’a donc pas vocation à remplacer une exposition obligataire qui est la partie considérée comme « prudente » de votre portefeuille.

      • Bonjour Maxime, merci pour cette réponse précise. Cependant si, par exemple, je confie un portefeuille de 100K€ à un CGP pour le gérer de façon équilibrée, c’est à dire 50% en actions et 50% en obligataires. Celui peut il investir les 50K€ obligataires en CLN tout en argumentant justement que ces 50K€ représentent certes la moitié du portefeuille mais moins de 10% de mes actifs totaux ? Il n’a aucune idée précise de comment sont investis le reste des actifs puisqu’il ne les a pas sous gestion. Merci beaucoup pour votre opinion sur ce point. André

        • Maxime GODON says:

          Bonjour André,

          Concernant ce cas précis, et considérant que le respect de l’adéquation au risque telle que définie dans le profil investisseur obligatoirement rempli par le CGP ne concerne que les actifs placés par son intermédiaire, j’aurai tendance à dire que oui, c’est possible.

          Mais cela supposerait alors une gestion dynamique puisque 100 % de vos actifs seraient placés en actifs non garantis en capital. Pour l’anecdote, une gestion équilibrée au sens strict du profil investisseur supposerait au minimum que 50% de vos capitaux investis soient en Fonds en €.

          Pour autant, si vous souhaitez une gestion équilibrée de ce portefeuille, il ne serait pas justifiable de recourir au CLN pour la partie obligataire puisque vous seriez alors investi à 50% en actions et à 50% en produit complexe considéré par l’AMF comme étant au plus haut de l’échelle de risque (7 sur 7).

          A mon sens, votre portefeuille ne serait donc plus géré de manière équilibrée.

          • Bonjour Maxime et merci pour votre opinion sur ce point. C’est un cas réel qui touche quelqu’un de ma famille donc je vais lui conseiller de se rapprocher d’une médiation amf.
            Sincères remerciements,
            André

  17. Badtimes says:

    Une question: ces CNL s’apparentent ils à des obligations high yield ? Ou ces dernières sont elles différentes complètement?
    Merci de vos éclaircissements.

    • Maxime GODON says:

      Bonjour Badtimes,

      La dénomination « High Yield » (haut rendement) désigne les obligations d’entreprises émises par des sociétés dont la notation est égale à BB+ au maximum. Cette dénomination se réfère donc à l’évaluation de la qualité de l’obligation par les agences de notations. Plus la note est basse et plus le risque (donc la rémunération) est élevée.

      Pour autant, les obligations High Yield sont des obligations classiques d’entreprises.

      Pour illustrer en dette d’Etat : acheter une obligation High Yield revient à privilégier les obligations souveraines de la Lettonie à celle de la France qui, si elle était une société, serait classée dans la catégorie « investment grade ».

      Un CLN est un produit complexe totalement différent puisqu’il désigne une obligation dérivée ou synthétique : vous ne possédez pas d’obligations de l’entreprise concernée.

  18. POIRET says:

    Bonjour et merci pour cette article extrémement clair!
    Mes parents et moi sommes tombés dans le panneau… plus de 150000e de perte… plus de 50% investis rien que sur ce fond alors qu’ils ont un profil prudent! (fonds issues de capitaux d’invalidité, et plus de 65 ans…)
    Nous sommes horrifés. Refus de l’assureur du CGPI d’indemniser.
    Nous allons intenter une action en justice.
    Si d’autres sont dans le même cas d’un défaut de conseil sur ce produit, merci de le signaler sur le site ou sur aquariva@laposte.net. Une ClassActionest peut-être envisageable.

  19. André says:

    Mr Poiret, contactez moi svp je pense que nous sommes une situation similaire.
    Merci
    offcourse2008@gmail.com

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