Après l’effondrement inévitable de nos sociétés à cause du réchauffement climatique, d’une pollution extrême, de la sixième extinction massive, la guerre en Ukraine, l’inflation et la perspective d’une stagflation font craindre le pire aux vendeurs d’apocalypse que ne cessent d’espérer le pire des scénario.

C’est vrai qu’il est facile d’être pessimiste, il est facile d’anticiper le pire des scénarios tant l’abondance d’informations sous laquelle nous sommes quotidiennement noyées est effrayante et apocalyptique.

Nous vivons un moment millénariste comme le monde en a toujours connu. Pourtant, le monde continu d’avancer, coute que coute. Le progrès est évident, siècles après siècles, années après années.

Il ne s’agit pas de tomber dans un optimisme naïf, néanmoins, force est de constater que si les pessimistes ont raisons d’identifier les risques… ce sont les optimistes qui s’organisent toujours pour trouver le moyen de les contourner et parfois même d’utiliser ces risques identifiés pour avancer toujours plus.

Lorsque l’on gère son patrimoine, il est essentiel d’être capable d’identifier les risques. Néanmoins, il est encore plus important d’avoir conscience de cette capacité à innover, inventer de nouvelles solutions pour les dépasser et poursuivre l’inexorable marche du monde.

Les récentes crises que nous venons de traverser et que nous traversons encore doivent vous en convaincre. A chaque fois, la société et le politique qui la représente ont inventé une solution pour continuer d’avancer. Reculer ne fait pas partie des options.

L’effondrement est un fantasme des collapsologues.

Les citoyens et les entreprises se sont adaptés et continueront de s’adapter. Et la vie continue. Le monde d’après tient compte de ces nouvelles contraintes, s’adapte, se construit de manière différente, mais il avance avec pour objectif principal l’intérêt collectif.

C’est là un discours que nous vous proposons depuis de nombreuses années. Souvenez vous de cet article essentiel « Gestion de patrimoine : L’apocalypse cognitive vous empêche de prendre les bonnes décisions. » inspiré de Gérald BRONNER ou encore cette anecdote sur la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb narrée dans cet article  » Gérer son patrimoine, c’est investir dans la narration dominante. Arrêtons l’hystérie millénariste. »

Extrait :

« Une crise grave et à un accès à une information surabondante grâce à internet donne une visibilité excessive aux narrations marginales et vous empêche de prendre de bonnes décisions.

Fin du monde connu, collapsologie, destruction de l’économie, effondrement de nos civilisations … Depuis quelques années, nous sommes confrontés aux pires prédictions. A entendre, ceux qui disent savoir, nous sommes tous morts dans 10 ans ou si nous survivons, nous n’aurons plus de quoi manger.

Entre la hausse du niveau de la mer qui va submerger nos côtes, les dettes publiques qui entraineront un défaut généralisé des pays les plus riches, nos banques qui pourraient faire faillite, le réchauffement climatique qui va tous nous tuer et puis, cette épidémie qui signe la fin des temps. Il est évident que nous sommes à la veille de la fin du monde.

Mais s’agit il vraiment de la narration dominante ou simplement la visibilité excessive de narrations marginales qui brouille la perception du moment ? Internet et les réseaux sociaux sont des outils très intéressants, mais n’ont ils pas pour conséquence de conférer une visibilité excessive à des préoccupations marginales ?

Ces sujets ne sont pas la narration dominante. Il s’agit d’une narration marginale dont la visibilité excessive nous fait croire à une nouvelle vérité.

Qui croit vraiment que nos civilisations vont disparaître demain avec le réchauffement climatique ? Ma réponse : Personne à part les illuminés. Nous allons nous adapter, et continuer à avancer. L’adaptation, c’est la prise en compte de l’impact environnemental dans le cycle de production. Croire dans la fin du monde est suicidaire et auto-réalisateur.

Nous vivons un moment millénariste comme nous en avons vécu des milliers depuis 2000 ans… et pourtant l’homme est toujours là… et, surtout, il vit de mieux en mieux partout dans le monde. Ces moments apocalyptiques sont courants dans l’histoire pourtant, nous sommes toujours là et la vie est plutôt agréable.

Pour illustrer le propos, voici un court extrait du livre « Les routes de la soie » de Peter Frankopan :
Nous sommes entre 1450 et 1492.

« Le sort de Constantinople causa de vives préoccupations en Russie : on n’y vit pas tant l’annonce d’une résurgence musulmane que le signe d’une fin du monde imminente. Depuis longtemps des prophéties orthodoxes avaient cours, selon lesquelles Jésus arriverait au début du VIII millénaire pour présider le jugement dernier : Elle semblaient sur le point de s’accomplir. Les forces du Mal s’étaient libérées pour administrer le coup de grâce au monde chrétien. Le haut clergé était si persuadé de l’imminente apocalypse qu’on dépêcha un prêtre en Europe occidentale pour avoir des informations plus précises sur l’heure ou elle se produirait. Pour certains, il n’était plus besoin de calculer la date de Pâques ou d’autres fêtes mobiles puisque la fin du monde allait éclater. Fondée sur le calendrier byzantin utilisé en Russie, la chronologie était claire comme de l’eau de roche. Si l’on se servait de la date de la Création, 5508 ans avant la naissance du Christ, le monde prendrait fin le 01 septembre 1492.

De l’autre côté du continent, on trouvait d’autres personnes persuadés que les derniers temps approchaient vite. En Espagne, l’attention se porta sur les musulmans et les juifs, dans un contexte d’intolérance religieuse et culturelle grandissante. Les premiers furent expulsés d’Andalousie par la force des armes, les seconds confrontés à un choix cornélien : se convertir au christianisme, quitter l’Espagne ou être exécutés.

[…]

Parmi ceux qui s’inquiétaient de l’avenir de la foi, figure Christophe Colomb. Bien de selon ses propres calculs, 155 ans dussent encore s’écouler avant le deuxième avènement, Colomb était choqué par la pratique religieuse purement extérieures des fidèles et tout particulièrement par l’indifférence de l’Europe à l’égard de Jérusalem.

[…]

Trois navires mirent à la voile depuis Palos de Frontera en Espagne méridionale le 03 Août 1492, moins d’un mois avant la fin du monde prévue en Russie. Tandis qu’il déroulait ses voiles et se lançait dans l’inconnu, Colomb ne se doutait pas qu’il préparait quelque chose d’inouï : Il allait faire passer le centre de gravité de l’Europe d’Est en Ouest.

[…]

Le monde changea à la fin du XVieme siècle. Il n’y eut pas d’apocalypse, pas de fin des temps comme Colomb et d’autres le redoutaient. Une succession d’expédition au long cours, parties d’Espagne et du Portugal, relièrent les Amériques à l’Afrique et à l’Europe et finalement à l’Asie pour la première fois. Dans ce cadre, de nouvelles routes commerciales furent créées, qui parfois prolongeaient les réseaux existants, parfois les remplaçaient. Les idées, les marchandises et les hommes se mirent à aller plus loin et plus vite qu’à tout autre moment de l’histoire passée et en plus grand nombre.

La nouvelle aube propulsa l’Europe au centre de la scène, la baigna d’une lumière dorée, la bénit d’une succession d’âge d’or.  … »

Gérer son patrimoine, c’est investir dans la narration dominante. Arrêtons l’hystérie millénariste.

A suivre.

ps : Dans le même esprit d’introspection historique, je ne peux que vous encourager à lire cet excellent livre « les révoltés du ciel » consacré à l’histoire du réchauffement climatique depuis la fin du moyen âge.

Un livre passionnant.

Quatrième de couverture : « On ne se préoccupait alors ni de CO2, ni d‘effet de serre. On pensait par contre que couper les forêts et transformer la planète modifierait les pluies, les températures, les saisons. Cette question fut posée partout où l’histoire avançait à grands pas : par les Conquistadors au Nouveau Monde, par les révolutionnaires de 1789, par les savants et les tribuns politiques du XIXe siècle, par les impérialistes européens en Asie et en Afrique jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Cette enquête magistrale raconte pour la première fois les angoisses et les espoirs de sociétés qui, soumises aux aléas du ciel, pensent et anticipent les changements climatiques.

Elle montre que la transformation du climat fut au cœur de débats fondamentaux sur la colonisation, Dieu, l’État, la nature et le capitalisme, et que de ces batailles ont émergé certains concepts-clés des politiques et des sciences environnementales contemporaines. »

[Conférence] Les révoltes du ciel : une histoire du changement climatique (XVe-XXe siècles) from Les Archives du Val-de-Marne on Vimeo.

32 commentaires