Croyez-vous vraiment que nous pouvons sereinement attendre une baisse des taux en 2024 alors même que le taux de chômage est aujourd’hui au plus bas et que la démographie et le vieillissement de la population réduisent la quantité de travailleurs disponibles sur le marché du travail.
La ressource « main d’œuvre » est devenue une denrée rare. Une main d’œuvre qu’il faut donc payer toujours plus cher pour attirer les meilleurs ou tout simplement trouver des employés.
Tant que le taux de chômage reste aussi bas, l’inflation par les salaires devrait rester un thème d’actualité… et les banques centrales ne pourront donc pas baisser les taux.
En l’absence de crise économique majeure qui aurait pour conséquence d’augmenter massivement le taux de chômage ou de rupture technologique adoptée très rapidement, il semble peu probable que nous assistions à une hausse forte du chômage dans les prochains mois, et même années (cf. « L’inévitable hausse des salaires qui arrive. Et si les 30 glorieuses étaient devant nous ?« )
La démographie qui nous laisse à penser que la population va continuer d’augmenter… mais que la population active va baisser semble militer pour une longue période de pénurie de main d’oeuvre.
Une inflation persistante qui trouverait donc son origine dans la hausse des salaires. Il pourrait alors s’agir d’une « bonne » inflation, après la « mauvaise » inflation importée par la guerre en Ukraine en 2022.
En 2022, c’était de la mauvaise inflation, cette inflation qui appauvrit par la hausse du prix des matières premières qui détruit le pouvoir d’achat et les marges des entreprises. L’inflation importée par la hausse du prix du pétrole, notamment.
En 2023 et 2024, nous pourrions connaître une « bonne » inflation, cette inflation qui se construit par la hausse des bénéfices des entreprises (en 2022/2023), une inflation des profits qui donne les moyens aux entreprises d’augmenter les salaires.
Des hausses des salaires qui permettent d’alimenter la machine économique… et accentuent alors la pénurie de main d’œuvre … et donc les hausses de salaires.
Une « bonne inflation » qui profite aux actifs rares que sont les travailleurs actifs qui pourraient très largement être les grands bénéficiaires de la période qui s’ouvre !
Une « bonne inflation » qui continuera en revanche de pénaliser ceux qui ne sont pas dans la vie active, c’est-à-dire les retraités et les rentiers. Si nous sommes dans une période de rareté de main d’œuvre, nous sommes au contraire dans une période d’abondance de capital.
L’épargne est partout abondante. Les fonds euros et les livrets regorgent de cet argent dont on ne sait plus que faire. Une épargne abondante qui sera donc durablement mal rémunérée. Pas besoin de proposer un taux de rémunération élevé. Il y a beaucoup d’argent qui dort.
Oui, les taux ont beaucoup monté depuis 2022 ; Ils sont néanmoins toujours très faibles au regard de l’inflation. L’épargnant s’appauvrit toujours malgré la hausse des taux. C’est la répression financière qui se poursuit.
Non, en 2024, il me paraît peu probable que nous assistions à une baisse importante des taux dans un tel contexte de manque de main d’œuvre et de pénurie de travailleurs. L’inflation par les salaires en 2024 après l’inflation par les matières premières en 2022 et l’inflation par les profits en 2023.
Après des décennies d’enrichissement sans cause des détenteurs d’actifs immobilier et boursier, nous pourrions assister à un rééquilibrage au profit des travailleurs, de ceux qui sont rares et que l’on doit payer toujours plus cher pour créer la valeur ajoutée et répondre à la demande. (cf. « Pourquoi il devrait être plus difficile de valoriser votre patrimoine dans les prochaines années« )
Une hausse des salaires qui alimentera l’inflation… mais une « bonne » inflation.
Bref, il me semble bien ambitieux d’attendre une baisse des taux en 2024. Véronique Riche-Flores l’explique avec brio dans le podcast suivant :
A suivre.