Tenir un média comme leblogpatrimoine depuis maintenant 13 ans me permet de mieux comprendre le mode de fonctionnement des médias; Vous allez très facilement comprendre comment se construit une fakenews.

Tout commence le 18 mars sur BFM Business dans une chronique immo publiée sous le titre « Marie Coeurderoy : Guerre en Ukraine, hausse des coûts de l’énergie… leurs effets indirects sur le marché immobilier« .

Dans cette chronique, la journaliste explique que la hausse du coût du carburant à pour conséquence des refus de crédit immobilier pour des candidats emprunteurs qui habiteraient trop loin de leur lieu de travail : En cause présumée par la journaliste, la hausse du coût des carburants qui réduiraient la capacité des emprunteurs à rembourser leur crédit immobilier.

La journaliste cite expressément les propos d’une directrice de la communication d’un courtier à la recherche de buzz Vousfinancer.com.

Écoutez bien la vidéo à 1 minute 20 :

« C’est le courtier Vousfinancer qui m’a raconté une histoire (NDLR : Une histoire, une anecdote devient une vérité) : Un couple du côté de Troyes qui voulait acheter une maison à rénover à 30km de troyes, coût global de l’opération 150 000€, sauf que la banque a anticipé qu’ils allaient devoir acheter une seconde voiture, qu’il allait y avoir des frais d’essence, La banque refuse le crédit ; Le couple revient quelques temps après, avec un projet dans le centre ville de Troyes, avec un projet, pareil, 150 000€ ; La banque valide de projet ».

Une situation que l’on comprend aisément. Un couple aux petits revenus (emprunter 150 000€ / 20 ans = 689€ / mois) qui achète une maison à rénover (Quid du coût des rénovations), une maison très éloignée de son lieu de travail.

Le couple doit avoir une rémunération totale d’environ 2000€ max. On comprend aisément l’analyse de la banque. Ce n’est pas un raisonnement nouveau ! Les banques sont toujours attentives aux charges des emprunteurs, notamment pour les emprunteurs aux faibles revenus.

Pourtant, cette anecdote, qui n’est donc vraiment pas une nouveauté, est utilisée par la journaliste pour affirmer que les banques modifient leur analyse des dossiers de crédit immobilier pour intégrer le coût du carburant.

Début d’une nouvelle narration autour de cette histoire de l’augmentation du prix du carburant qui réduirait votre capacité à emprunter.

Le courtier Vousfinancer est content, il faut le buzz. Il raconte n’importe quoi, mais il est content qu’on parle de lui.

Avant hier, sur un plage, quelque part en Bretagne Sud, Brigitte, ma très chère belle maman, m’apporte le Télégramme en me disant : « Tiens Guillaume, j’ai pris le journal car ils expliquent que les banques arrêtent de prêter ; Ça va t’intéresser »

Voici le titre de la Une du journal : « Crédit immobilier : les emprunteurs soumis à des critères toujours plus exigeants« 

Extrait des premières lignes : « Sale temps pour les emprunteurs : face à la hausse du coût de la vie, les banques durcissent leurs conditions d’octroi d’un crédit immobilier. Parmi les nouveaux critères pris en compte, l’éloignement domicile-travail !.

L’apport personnel – 10 %, parfois jusqu’à 20 % du montant du bien – ne suffit plus à décrocher un prêt immobilier. Pour tenir compte de la hausse générale des prix obérant la capacité de remboursement des ménages, les banques se font plus exigeantes. Beaucoup requièrent désormais l’existence d’une épargne après projet, de l’ordre de quatre à six mensualités de prêt, qui permette de faire face aux dépenses imprévues – une toiture qui prend l’eau, une chaudière qui rend l’âme ou une voiture à changer.

Cette précaution vise avant tout à protéger les ménages en limitant le risque d’endettement. Mais, couplée à la hausse des taux d’intérêt qui, selon les banques, ont grimpé de 0,3 à 0,6 % depuis janvier, cette intention vertueuse se transforme en casse-tête pour bon nombre d’emprunteurs. Notamment en Bretagne. En cause, l’attention accrue désormais portée par les banques, pour évaluer le reste-à-vivre, à la localisation du bien et à son éloignement par rapport au lieu de travail.

La consultation récemment menée en interne par Vousfinancer, qui regroupe près de 200 courtiers en crédit en France et travaille avec 94 banques partenaires, en atteste : « Nous avons eu des refus de prêt en raison de la charge financière trop importante que ces trajets quotidiens allaient représenter en termes de carburant, voire d’achat d’une deuxième voiture », fait valoir Sandrine Allonier, qui a dirigé cette étude.

Selon ses estimations, ce budget représente, chaque mois, 500 euros pour un couple dont chacun des membres parcourt 100 km par jour. « Même à moins de 50 km, certains établissements rechignent et, pour faire face aux dépenses engendrées, limitent l’endettement maximum à 30 %, au lieu des 35 % autorisés. »

En Bretagne, c’est un peu la double peine, poursuit la porte-parole de Vousfinancer. Le prix de l’immobilier ayant flambé sur le littoral (+30 % en deux ans), les familles avec deux enfants qui rêvent d’une maison avec jardin n’ont pas d’autre solution que de s’éloigner à 30, 40 ou 50 km, nous a, par exemple, remonté notre agence de Lorient. » (NDLR : 50km de Lorient ? ps : Le prix de l’immobilier à Lorient est -+ autour de 2500€ / m² – A 43 km, à Guémené sur Scorff, le m² atteint à peine 1200€ / m² Quelle spéculation insupportable ! – N’importe quoi !)



Crédit immobilier : les emprunteurs soumis à des critères toujours plus exigeants

Nous retrouvons donc notre même directrice de la communication qui creuse son buzz médiatique avec cette affaire de hausse du prix des carburants et capacité d’emprunt.

Et ce qui est vraiment intéressant dans cet itinéraire d’une fakenews, c’est que notre directrice de la communication s’appuie sur une étude réalisée auprès des courtiers vousfinancer.com.

Cette étude est disponible : Un printemps de l’immobilier marqué par un durcissement des conditions de crédit et l’attentisme des acheteurs.

Dans le résultat de cette étude, aucune trace de cette question de durcissement des conditions d’accord de crédit immobilier en fonction de l’éloignement domicile/travail ou des frais d’essence (même si, comme expliqué plus haut, cela relève du bon sens de le prendre en compte pour les petits budgets).

Épisode 3 – RTL, ce midi.

Enfin, suite et fin de cet itinéraire d’une fakenews, ce midi sur RTL dans l’émission « Les auditeurs ont la parole ».

La question posée par les journalistes fait clairement référence à la fakenews de vousfinancer.com : « Les banques tiennent-elles comptent de l’inflation, des prix du carburant pour vous accorder un prêt ?« 

A l’antenne, Maël BERNIER, directrice de la communication de meilleurtaux, qui essaie (rame pour être franc) d’expliquer que sa consœur raconte n’importe quoi, en essayant de ne pas le dire trop fort pour ne pas la froisser.

Voilà, vous venez de comprendre la construction d’une information ou d’une fakenews :

Un service commercial écrit une étude bidon, un premier copain-journaliste reprend l’information sans faire son travail d’investigation ; puis un second, puis un troisième.

Résultat : On raconte n’importe quoi ! mais on est content, ça fait parler !

Quelle est la réalité du marché du crédit immobilier ?

La réalité du marché immobilier, selon mon analyse :

  • Des banques qui étaient trop laxistes depuis 2018 environ en prêtant, trop et à n’importe qui ;
  • Aujourd’hui, une meilleure prise en compte des risques réels et de la capacité des emprunteurs à rembourser leur crédit immobilier ; Il est normal (et rassurant) que la banque soit attentive aux charges fixes et variables d’un couple dont les faibles revenus rendent déjà difficile le remboursement d’un crédit immobilier. Quand vous gagnez 2000€ / mois et que vous remboursez 650€ de mensualité de crédit, les marges de manoeuvre sont réduites ; Une acquisition à 50 km de votre domicile d’une maison à rénover (alors que vous n’avez peut être pas les moyens de financer les travaux) ne semble pas raisonnable.
  • Oui, les taux de crédit immobilier augmentent très fortement ; Mais c’est normal en période inflationniste. Les taux restent toujours très inférieurs à l’inflation et c’est une situation extra-ordinaire pour les candidats à l’investissement immobilier ; (cf. « La très forte hausse des taux de crédit immobilier se poursuit – Barème des meilleurs taux immobilier – Mai 2022« )
  • Le SMIC va encore augmenter en mai pour atteindre une hausse totale de 5.80% depuis mai 2021 ; C’est beaucoup et ce devrait permettre de solvabiliser les candidats emprunteurs ;
  • Oui, le taux de chômage est très faible ; La solvabilité des emprunteurs est donc meilleure qu’en période de chômage élevé ;
  • Oui, le marché va ralentir et c’est heureux. L’euphorie des dernières mois ou années n’était vraiment pas tenable et pérenne ;
  • Bref, des taux de crédit immobilier qui essaient de trouver un semblant de normalité après des années d’une faiblesse excessive ; Des banquiers qui retrouvent la raison et font leur métier avec plus de sérieux ... Tout ceci est plutôt normal et rassurant.

A suivre.

ps : Sans rancune Mme Alonier.

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