La crise financière dans laquelle nous sommes plongés depuis quelques semaines est une catastrophe pour les épargnants qui avaient placé leur épargne en unité de compte, le plus souvent sous la pression d’un commercial fortement incité par la compagnie d’assurance-vie à vendre massivement des unités de compte. Nous nous sommes récemment ému de ce scandale dans cet article « Assurance-vie : Le scandale des unités de compte vendues aux épargnants juste avant la baisse de la bourse », ni revenons pas même s’il y aurait beaucoup à dire sur ces pratiques commerciales scandaleuses, proche de l’escroquerie.
L’épargnant en fonds euros est alors heureux d’avoir échappé au pire en résistant à la pression du commercial qui voulait absolument lui vendre des unités de compte alors même que son aversion au risque était maximale. Pourtant, il serait une erreur de considérer le fonds euros comme un bon placement.
Certes avec le fonds euros, votre épargne est protégée par la garantie et la solvabilité de la compagnie d’assurance-vie (qui ne fera pas faillite, soyez en rassuré comme nous vous l’expliquons dans cet article « Pas de panique ! Aucune banque ou compagnie d’assurance-vie ne fera faillite. Dormez tranquille« ), mais cela ne sera pas suffisant pour votre protéger contre un appauvrissement relatif.
Depuis de nombreuses années, notre discours est clair et s’en trouve renforcé par la crise que nous traversons : Les perspectives de rendement sur le fonds euros sont médiocres et l’assurance-vie en fonds euros n’est plus un bon placement de long terme !
C’est un excellent outil pour transmettre son patrimoine, mais ce n’est plus un bon placement tant pour ce qui est du fonds euros dont le rendement est médiocre que les unités de compte dont les frais sont insupportables (cf »Assurance vie : avec 2.96% de frais de gestion, investir en unité de compte est rarement rentable »).
Bref, aujourd’hui, l’assurance-vie doit être réservée en priorité à ceux qui veulent préparer la transmission de leur patrimoine et qui accepteront donc un rendement insatisfaisant dans l’unique objectif profiter du régime fiscal et juridique dérogatoire de l’assurance-vie. C’est un placement parfait pour les épargnants qui approchent les 70 ans et dont le patrimoine, soit par ce qu’il est important, soit parce qu’ils n’ont pas préparé leur succession, est générateur de droits de succession. Dans tous les autres cas, je crois que l’assurance-vie n’est pas un support d’une grande pertinence.
La crise du coronavirus ne fait que précipiter l’urgence de nos conclusions. Si l’assurance-vie n’est plus un bon placement à long terme, vous devez trouver une solution pour utiliser les sommes épargnées d’une autre manière. Le sujet n’est pas tant le risque de faillite de votre compagnie d’assurance-vie que votre appauvrissement relatif si vous conservez votre assurance-vie, et notamment le fonds euros à long terme.
Cette analyse d’un avenir compliqué pour les fonds euros était déjà partagée par l’ACPR en Août 2019 dont le vice président expliquait, et cela bien avant la crise du coronavirus :

« Pour le superviseur, les taux bas sont un sujet de préoccupation majeur. Nous vivons avec des taux très bas depuis plusieurs années. Le taux français à 10 ans vient même d’entrer en territoire négatif. Ce phénomène inédit se prolonge et rien n’indique qu’il se terminera rapidement.

[…]

Pour schématiser deux situations sont possibles. Une remontée brutale des taux ou la prolongation pour une durée très longue de l’environnement de taux bas que nous connaissons actuellement.

Dans le premier cas, le marché serait confronté à une grave crise obligataire. C’est un scénario redouté et nous sommes attentifs à ce que les assureurs prennent les dispositions pour être, le cas échéant, prêts à l’affronter dans les meilleures conditions possibles.

Dans le deuxième cas, les défis à relever pour s’adapter à la persistance de l’environnement de taux très bas qui prévaut aujourd’hui sont tout aussi considérables. 

[…]

En assurance vie, la pression est de plus en plus forte sur les frais de gestion et de distribution. Ils sont plus visibles et le consommateur les juge d’autant plus excessifs que le taux de rémunération de l’épargne ne permet plus de les masquer. La baisse continue du rendement des actifs rend par ailleurs nécessaire la poursuite du mouvement de baisse des taux de revalorisation des contrats déjà engagé depuis plusieurs années. Mais cela ne suffira pas.

Il faudra aussi renoncer aux produits en euros offrant à la fois la protection du capital et une liquidité permanente. Les assureurs devront imaginer de nouvelles offres et, étape par étape, habituer leurs clients à prendre une part de risque. C’est une question de pédagogie et d’éducation financière.

 
Depuis 2016 et le début des taux d’intérêt négatifs votre épargne est en danger. Le crise de 2020 et les annonces récentes qui visent à accélérer encore cette politique monétaire destructrice de la valeur de la monnaie ne font qu’aggraver ces risques identifiés depuis longtemps.
Le risque principale est la fuite devant la monnaie. Face à une monnaie qui ne vaut plus rien, qui n’est durablement plus rémunérée, les détenteurs de monnaie que sont les épargnants doivent convertir leur monnaie stockée (= épargne sur les livrets, PEL, assurance-vie en fonds euros) dans un bien ou quelque chose dont l’usage incontestable protégera la valeur du patrimoine à long terme.
A long terme, c’est l’usage qui fait la valeur ! Vous devez donc utiliser votre argent pour acheter un actif qui sert à quelque chose. Il pourra s’agir d’un bien immobilier dont la qualité de l’emplacement lui conférera toujours une valeur d’usage forte, de terres agricoles, de forêt, mais aussi de parts ou d’action dans une entreprise. (cf cet article que nous écrivions en septembre 2019 : « Comment placer son argent ou investir dans un monde à taux d’intérêt négatifs ? »)

« Dans un monde à taux négatifs, dans un monde ou l’épargne n’est pas rémunérée, et même confisquée au gré du temps et du fait d’une rémunération inférieure au taux de croissance nominale de l’économie, il est important de retrouver la définition originelle de l’épargne. L’épargne, ce n’est pas l’investissement. Épargner, ce n’est pas investir.

L’épargne, c’est un stock d’argent dans l’attente d’une consommation future, soit sous forme de dépense, soit sous forme d’investissement. L’épargne n’est pas une fin… mais simplement un moyen. L’épargne permet de préparer un projet de dépense important ou encore permet d’éviter le recours au crédit pour financer un investissement.

Il est peut-être plus simple de définir la notion d’épargne par opposition avec la notion d’investissement.

Si l’épargne est une accumulation passive, une situation d’attente, l’investissement représente une action. Investir, c’est acheter aujourd’hui un actif dont l’exploitation directe ou indirecte permettra de dégager un flux pérenne pour son propriétaire.

Dans un monde à taux négatif, l’épargne est en danger car elle est progressivement confisquée au gré des années par un rendement inférieur au taux de croissance nominale de l’économie et parfois même par rapport à l’inflation.

Dans ce même monde à taux négatif, l’investisseur (par opposition à l’épargnant) est disposé à accepter un moindre revenu de son investissement par rapport au prix payé ; En acceptant un moindre rendement de son investissement, il rend possible une hausse du prix de cet actif dont l’exploitation permet de générer un flux futur pérenne dont le niveau sera toujours supérieur au rendement négatif de l’épargne.

Ainsi, dans un monde à taux zéro, on doit pouvoir s’attendre à une hausse de la valeur des actifs d’investissement. Mais attention, contrairement à l’épargne, sans risque, investir n’est pas certain et la baisse des rendements (consécutifs à la hausse des prix) ne doit oublier la rémunération du risque. La rémunération du risque permet à l’investisseur de compenser les périodes de moindre rendement ou de perte. »

 
Enfin, pour ceux qui ne pourront pas investir cet épargne, il faudra soit ce contenter de ces rendements médiocres source d’appauvrissement relatif à long terme, soit réfléchir différemment. Le remboursement anticipé des crédits immobilier ou la donation  aux enfants pourront être des solutions d’une grande efficacité comme nous vous l’expliquions déjà dans ces deux articles « Le remboursement anticipé de votre crédit immobilier est une bonne idée surtout en fin de prêt ! »  ou encore « Faire une donation à vos enfants pour améliorer le rendement de votre épargne« .
 
A suivre …

Pour aller plus loin :
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Assurance-vie et gestion de patrimoine

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