Faut il y voir une (malheureuse) coïncidence ou lien de cause à effet, mais le fait est que Gérard BERKERMAN, président de l’AFER, le célèbre contrat d’assurance vie dont l’aura médiatique dépasse l’encours, a annoncé dans la même journée :
– Son soutien inconditionnel au succès du nouveau contrat d’assurance vie Euro-croissance, malgré la mesure de transfert de richesse des fonds euros au profit des contrats Euro-croissance envisagée par le gouvernement (cf « Euro-croissance : Une nouvelle mesure pour soutenir le rendement futur ?).
– L’engagement écrit du président de la république de modifier la fiscalité de l’assurance vie et notamment la remise en cause de la réponse ministérielle BACQUET (cf « Assurance vie : Vers la remise en cause de la RM Bacquet et de la taxation du contrat du conjoint survivant). La réponse ministérielle BACQUET c’est, depuis le 29 Juin 2010, la taxation et le partage entre les héritiers du contrat d’assurance vie souscrit par le conjoint survivant au décès du premier des époux. En effet, depuis cette date, le contrat d’assurance vie du survivant des époux fait parti de l’actif de succession pour moitié et doit subir droit de succession et partage de la propriété avec les enfants héritiers.
Une drôle de « coincidence » justifiée par le nécessaire succès du contrat d’assurance vie Euro-croissance.
Les enjeux de l’assurance vie et de ces annonces dépassent largement la fiscalité et même la question de la faiblesse des rendements des fonds euros. Les enjeux derrière ces échanges et promesses sont de deux ordres :
– 1 – L’assurance vie et l’épargne des Français doit participer à un meilleur financement de l’économie et au renouveau du cycle de croissance économique.
Si les Français ne veulent pas investir dans les entreprises et ne veulent pas prendre de risque sur leur épargne, ce seront alors les compagnies d’assurance vie qui le feront.
Les institutionnels et les compagnies d’assurance vie seront très fortement incités et encouragés à davantage investir dans l’économie réelle. Il pourrait s’agir de prêt obligataire au PME ou ETI, de crowdfunding ou encore d’investissement en capital investissement dans le capital des entreprises.
La masse d’épargne en circulation doit s’investir au financement des entreprises. Le circuit de financement du prêt bancaire n’étant plus efficient, il faut trouver d’autres moyens. Les compagnies d’assurance vie ont à ce titre un rôle majeur à jouer.
L’épargne est abondante et inutile. La question du financement de la dette de la France n’est plusproblématique depuis les politiques monétaires de « quantitative easing » des banques centrales. Les banques centrales assurent le sur-financement des états à des taux toujours plus bas. Il n’y a plus de problème de financement de la dette.
A ce titre, je vous encourage la relecture de cet article que je considère comme fondamental pour comprendre la réflexion globale : « Les politiques monétaires accélératrices d’innovations et fondatrices d’un nouveau cycle de croissance ?.
L’épargne des Français doit s’investir de manière plus efficace pour la croissance. Les compagnies d’assurance vie doivent participer à ce mouvement d’investissement massif de l’épargne des ménages dans l’économie et la croissance.
Il est évident que le fonds euros n’est pas adapté à ces ambitions. Le contrat Euro-croissance est la solution qui doit permettre une meilleure allocation de l’épargne des ménages au profit de la croissance et de l’économie réelle.
– 2 – Les fonds euros présentent un risque systémique pour les compagnies d’assurance vie.
Comme nous l’écrivions il y a quelques mois dans cet article « Euro-croissance : Condamné au succès pour sauver la solvabilité des compagnies d’assurance vie. », le fonds euro-croissance sera un succès non pas parce qu’il est meilleur que le fonds euros, mais parce que le fonds euros présente un risque systémique et pourrait condamner de nombreuses compagnies d’assurance vie à la faillite.
Le succès du fonds euros dans un environnement de taux bas, rend les compagnies d’assurance vie très fragile en cas de remontée des taux d’intérêt.
Pour dépasser ce risque systémique, il faut décourager les épargnants à investir dans le fonds euros et encourager d’autres formes d’épargne. L’euro-croissance est alors la solution idéale et parfaite pour réduire les engagements des compagnies d’assurance vie.
En déplaçant la garantie du capital au terme du contrat et non à tout moment, les compagnies d’assurance vie réduisent leurs engagements de garantie de capital et améliorent leur solvabilité de manière significative.
En cas de hausse des taux d’intérêt, ce seraient les épargnants qui devraient assumer les éventuelles pertes en capital à court terme pour retrouver à minima leur capital garanti au terme.
Le nouveau contrat Euro-croissance est une alternative séduisante pour tout le monde, pour les compagnies d’assurance vie, mais également pour les épargnants pour qui la faillite de leur compagnie d’assurance vie n’est pas souhaitable. Ou au moins, une solution largement préférable à ce que nous observons depuis le début de l’année ou plus de 50% des investissements en assurance vie qui sont réalisés en unité de compte avec un risque total pour l’épargnant en cas de baisse des marchés financiers (cf « Assurance vie : 54% de la collecte nette en Unités de Compte. Les particuliers vont-ils encore se faire rincer ? et Investir en bourse face à la baisse des rendements de l’assurance vie. Quelle bonne idée !?)
Le fonds euros est une exception financière rendu possible par la perpétuelle baisse des taux d’intérêt. Ce n’est aujourd’hui plus viable économiquement. Il faut trouver d’autres solutions.
Le succès de l’Euro-croissance n’est pas une question de choix… C’est une nécessité.
Vous aurez beau disserter sur le fait que l’euro-croissance est moins attrayant que le fonds euros, je crains que cela ne serve à rien.
Le succès du contrat Euro-croissance n’est pas une question de choix, c’est une nécessité tant pour sauver la solvabilité les compagnies d’assurance vie que pour créer un nouveau cycle de croissance par l’investissement dans l’innovation et le capital des entreprises.
Ce succès se fera probablement au forceps, avec de nouveaux avantages fiscaux (d’où peut être l’annonce de la remise en cause de la réponse ministérielle BACQUET), mais n’oubliez pas qu’il est urgent, car systémique, d’organiser la mort du fonds euros.