Ce sont là deux dogmes qui s’opposent systématiquement : Les premiers affirment que la relance de la croissance économique ne se faire sans une baisse massive de l’impôt des personnes aux revenus et patrimoine les plus élevés, les autres, au contraire, affirment que la relance de la croissance économique ne pourra se faire sans une augmentation significative du pouvoir d’achat des salariés et une augmentation de leur rémunération nette.
Encore une fois, il ne s’agit pas de faire de politique partisane, juste d’essayer de comprendre la position de chacun !
 

Baisser l’impôt sur les revenus et le capital des plus riches, une évidence pour relancer l’investissement et donc la croissance de demain ?

Il s’agit d’une analyse pragmatique : C’est l’investissement d’aujourd’hui qui fait la croissance de demain. Il faut donc encourager, ou du moins, ne pas mettre de barrière à l’investissement. L’investisseur doit donc être accompagné et chouchouté afin de l’inciter à utiliser son capital et ses revenus à investir pour la croissance de demain.
En effet, selon la théorie du ruissellement économique, l’épargne, et donc principalement de ceux qui ont la plus forte propension à épargner, c’est à dire les plus aisés d’entre nous,  à vocation à s’investir dans l’économie et donc à créer la croissance et les emplois de demain. Il est alors indispensable de favoriser fiscalement l’épargne et l’investissement pour espérer une croissance forte dans le futur.
C’est alors que les partisans de cette analyse préconisent systématiquement une baisse de l’impôt sur le capital productif, tant sur sa détention, que sur les revenus qu’il génère.
 
La question subsidiaire est alors de définir la notion d’investissement ou de capital productif :

  • Investir en bourse, acheter des actions sur un marché secondaire et spéculer sur la valeur future de cette dernière est ce investir ou réaliser un placement spéculatif ?
  • Participer à une augmentation de capital pour accompagner la création ou la croissance d’une entreprise est indéniablement un investissement productif ;
  • Investir dans un bien immobilier et le mettre en location est il un investissement productif ? En théorie, non, mais les travaux d’amélioration et d’entretien qui accompagne l’investissement immobilier le sont indéniablement ;
  • Faire construire un immeuble pour le mettre en location est il un investissement productif ? Indéniablement, oui, au regard de la quantité de professionnels du bâtiment qui tireront une rémunération de cet investissement.
  • Prêter de l’argent à une entreprise pour financer ses investissements est il un investissement productif ou un simple placement portant intérêt ?

 
Ces réflexions devraient être au cœur des débats lors des discussions parlementaires portant sur la suppression de l’ISF et son remplacement par l’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière). En effet, dans le raisonnement erroné du gouvernement, l’immobilier est à coup sûr un investissement non productif qu’il ne convient pas de stimuler fiscalement.
Malheureusement, je ne crois pas que les choses soient aussi simples. On ne peut se contenter de l’idée reçue qui voudrait que tout investissement mobilier soit productif et que tout investissement immobilier soit non productif. C’est d’ailleurs le sens de l’analyse que nous vous proposions dans cet article « M. Macron, la bourse est elle vraiment plus utile que l’immobilier pour la croissance ?« .
 
Ensuite, au delà de ces questions pointues autour du caractère productif ou non d’un investissement ou d’un placement, il y a la remise en cause des fondements même de cette idée qu’il est indispensable de baisser l’impôt sur le revenu ou sur le capital des potentiels investisseurs pour relancer la croissance.
Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence Française de Développement, directeur de recherche CNRS, professeur à l’École Nationale des Ponts et Chaussées, vient d’ailleurs de publier un article passionnant sous le titre « Le mythe du ruissellement économique »
Voici quelques extraits :

« Cette “preuve [NDLR :du ruissellement économique]” est fausse. Certes, les plus fortunés ont une propension à consommer inférieure à celle des plus pauvres : pour un euro de revenu supplémentaire, le centile le plus riche, en France, dépensera en moyenne moins de 70 centimes et épargnera donc au moins 30 centimes. Tandis que le décile le plus pauvre dépensera la quasi-totalité de cet euro (voire davantage car il pourra plus facilement s’endetter, en principe). Mais la part de vérité du ruissellement s’arrête là. »
Le surcroît d’épargne rendu possible par l’enrichissement des plus riches ne vient pas, ou plus, alimenter l’investissement. Si cette relation était automatique, l’économie mondiale ne serait pas piégée, comme elle l’est aujourd’hui, par un sous-investissement chronique : jamais les catégories sociales les plus favorisées n’ont autant épargné qu’aujourd’hui, et pourtant, depuis plus d’une décennie, l’investissement agrégé en fonction du revenu national ne cesse de baisser dans la plupart des pays de l’OCDE. 
Que devient, par conséquent, l’épargne surabondante ? Elle est réinvestie dans des paris d’argent sur les marchés financiers et immobiliers, où elle alimente diverses bulles : celle des dérivés financiers, par exemple, dont le notionnel libellé en euro atteint, à lui seul, la somme extravagante de 80 trillions. Celle des centres-villes gentrifiés de nos capitales, également. »

 
Cette remise en cause est également parfaitement illustrée dans un formidable article de Médiapart sous le titre « Réforme de l’ISF: l’imposture du financement de l’économie« . Il y a bien longtemps que votre épargne ne sert plus à financer l’économie et donc la croissance de demain (comme nous vous démontrions dans cet article « M. Macron, la bourse est elle vraiment plus utile que l’immobilier pour la croissance ?« ).
Extrait de l’article de médiapart :

« Le jeu n’est pas de participer au financement de l’économie, à prendre des risques, mais à obtenir le profit maximum d’une circulation de capitaux à une vitesse de plus en plus effrénée, en vase clos.
La situation des marchés boursiers, censés justement être le lieu privilégié du financement des entreprises, traduit cette évolution éloquente. Selon les chiffres glanés au fil de rapports de l’Autorité des marchés financiers (AMF) – curieusement, cette dernière ne tient pas de statistiques officielles sur longue période –, il n’y a eu que 17 introductions en bourse en 2016 contre 42 en 2015, 40 en 2014. Il y en avait près d’une centaine par an avant les années 2000.
Les montants des capitaux levés par les entreprises sont devenus ridicules. En 2015, les entreprises nouvellement cotées avaient encore réussi à lever 5,3 milliards d’euros. En 2016, le montant est tombé à 1 milliard d’euros. Et encore ! Deux introductions en bourse – celles de Maisons du Monde et de Mediawan – ont représenté plus de la moitié des sommes apportées.
À eux seuls, ces chiffres donnent la mesure de ce qu’est devenue la bourse de Paris : une place qui ne sert en rien à aider les nouvelles entreprises. Mais elle ne sert pas non plus à financer les groupes reconnus. Lancer une augmentation de capital est mal vu, presque une faute de goût. D’ailleurs, depuis dix ans, il n’y en a quasiment plus.
..

 

Augmenter les revenus des plus pauvres pour relancer la croissance économique ?

Mais alors, si l’épargne n’atteint plus l’économie réelle et que le ruissellement économique n’est plus démontré, la seule solution n’est elle pas d’augmenter les salaires et la rémunération nette des citoyens ?
En effet, si les plus riches ont une propension à épargner la plus forte, les plus pauvre ont une propension à consommer très forte, la solution n’est elle pas dans la recherche de l’augmentation du pouvoir d’achat des plus pauvres et des classes moyennes ?
C’est d’ailleurs la conclusion de l’article publié par Gaël Giraud :  »

La solution ? Redistribuer les richesses
Parce que l’accroissement de consommation que pareille redistribution engendrera est de nature à revigorer la demande, et donc à remplir les carnets d’ordre des entreprises – unique signal qui peut convaincre ces dernières d’investir à nouveau en dépit de leur propre excès d’endettement privé. (En zone euro, l’endettement des entreprises privées non-financières atteint environ 130 % du PIB, loin devant la dette publique.)
À condition, bien sûr, que le secteur privé puisse emprunter auprès du secteur bancaire pour financer ses nouveaux investissements, et pourvu que ce surcroît de consommation ne provoque pas une flambée supplémentaire d’émissions de CO2 ou ne vienne pas simplement alimenter les importations venues de Chine. Il faut donc favoriser le crédit aux entreprises (ce à quoi Francfort s’emploie depuis plusieurs années) et redistribuer aux plus pauvres en s’assurant que ce revenu supplémentaire sera dépensé en production locale, via des circuits courts et non polluants. Comment ? Les solutions sont nombreuses : une TVA “verte”, l’incitation à la rénovation thermique, etc.

 
Cette conclusion est à mettre en parallèle avec une récente étude de Natixis sous le titre « Peut-il y avoir « révolte des salariés « ?« . Dans cet article, Patrick ARTUS pointe l’inégale répartition de la richesse produite au détriment des salariés. Demain, ne pourrions nous pas assister à un nouveau choc inflationniste lorsque les salariés exigeront des hausses de salaires pour profiter à leur tour de l’amélioration de la productivité ? 
 
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A suivre

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