
C’est vrai qu’il aurait pu choisir une autre date …Pour mémoire, la dernière alerte datait du 11/11/11. Vous croyez que c’est volontaire. Le moment n’est pas à la plaisanterie.
Cette dégradation d’un cran de la note de crédit de la France n’est pourtant pas une surprise puisque S&P nous l’annonce depuis plusieurs mois maintenant.
Nous allons nous projeter pour essayer d’anticiper les conséquences de la perte du triple AAA de la France. Comment gérer votre patrimoine afin de vous protéger contre cette dégradation de la note de la France ?
Les conséquences à court terme de la dégradation de la note de crédit de la France : vers une augmentation des taux d’intérêts ?
A court terme, la perte du AAA ne devrait pas avoir beaucoup de conséquences : les marchés anticipent déjà cette dégradation et l’écart de rendement entre le taux proposé aux emprunts allemands et les emprunts Français atteignent déjà des sommets historiques.
En fin d’année 2011, la France empruntait au taux de 3,456% alors que l’Allemagne pouvait prétendre emprunter au taux de 1,77%, soit une différence de 1,70%…
Aujourd’hui, les tensions sont quelques peu réduites… mais l’écart entre le rendement des emprunts français et le rendement des emprunts allemands atteint tout de même près d’1%.
Cette différence entre le rendement proposé est le signe d’une défiance des marchés : lorsque les marchés financiers considèrent que les risques liés au prêt augmentent, ils exigent des rendements plus hauts.
Voici, le graphique synthétique des écarts de rendements entre les différents états de la zone Euro.
Ainsi, vous le comprenez, la question de la dégradation de la note de crédit de la France et laperte du triple AAA tient dans le niveau des prêts accordés à l’Etat, mais également dans le niveau des prêts accordés à tous les agents économiques privés ou entreprises de France, que dans une éventuelle faillite générale du système !!
Le triple AAA est un gage de sécurité pour les emprunteurs, sa perte entraine à long terme un renchérissement du coût du crédit, c’est à dire une augmentation générale des taux d’intérêt.
Dans une société dont le train de vie est basé sur l’endettement et qui peine à générer de la croissance, le niveau bas des taux d’intérêt est fondamentale. Une augmentation trop violente des taux aurait pour conséquence un effondrement de la croissance (ou du si peu qu’il reste) et une totale asphyxie de l’Etat et des ménages : incapable d’injecter de l’argent dans le système, l’Etat ne pourrait plus financer l’Etat providence
Les conséquences de la hausse des taux d’intérêts pour vos placements et vos investissements.
La protection de votre patrimoine tient principalement dans l’anticipation de la hausse des taux d’intérêt qui pourrait être la conséquence à moyen/long terme de la perte du triple AAA de la France.
Mais en préambule, il est important de noter que la théorie générale de la finance lie la valeur d’un actif avec le niveau des taux d’intérêt : la hausse des taux d’intérêt aura une pression à la baisse sur la valeur du patrimoine quel qu’il soit !!
Les obligations… Un placement dont la valeur est mathématiquement liée au niveau des taux d’intérêt.
La valeur d’une obligation est directement fonction du niveau des taux d’intérêt : une baisse des taux a pour conséquence une augmentation de la valeur des obligations et surtout, car c’est l’hypothèse qui nous intéresse ici, une augmentation des taux d’intérêt entraîne une baisse de la valeur des obligations : c’est mathématique.
Prenons un exemple pour comprendre cette mécanique :
- En 2010, vous réalisez un prêt de 100000€ au taux de 3% à un Etat. C’est un prêt obligataire qui est négociable en cours de vie.
- En 2012, vous avez besoin de votre argent et envisagez de vendre votre obligation à un autre investisseur. En 2012, les taux d’intérêt de la place ne sont plus à 3% mais atteignent maintenant 6%.
Aucun investisseur n’acceptera de payer 100 000€ votre obligation dont le taux de rendement est de 3%, soit 3000€ par année. Pour pouvoir vendre votre obligation, vous serez dans l’obligation de réduire la valeur de l’obligation afin de proposer un rendement au moins équivalent.
Ainsi, pour proposer un rendement de 6%, conforme au marché des taux d’intérêt en 2012, vous devrez réduire votre prix de 50%, soit à 50 000€. (3000€/50000€ = 6%).
La hausse des taux d’intérêt entre 2010 et 2012 aura pour conséquence de réduire la valeur de l’investissement de 50%.
L’assurance vie et les fonds euros touchés par la perte du triple A ?
Les obligations sont une composante importante du patrimoine des Français : car elles représentent 80% de la composition des Fonds euros des contrats d’Assurance vie.
En ce sens, nous vous préconisons d’être prudent sur la nature de vos investissements sur les fonds euros des contrats d’assurance vie, car même si ces capitaux sont garantis par la compagnie d’assurance, nous sommes plutôt inquiets quant à la liquidité et à la disponibilité future des contrats d’assurance vie.
En effet, le Code Monétaire et Financier, dans son article L612-33 prévoit la possibilité de Suspendre, restreindre ou interdire temporairement la libre disposition de tout ou partie des actifs et de suspendre ou limiter le paiement des valeurs de rachat, la faculté d’arbitrages, le versement d’avances sur contrat ou la faculté de renonciation.
Le risque de faillite des compagnies d’assurance vie ne nous semble pas être le risque principal, mais c’est la libre disposition des capitaux qui attirent notre attention. Le risque de blocage des capitaux pourrait être la conséquence d’une aggravation de la crise.
Pour approfondir cette thématique de l’avenir des contrats d’assurance vie, vous pouvez relire cet article : Assurance vie rendement 2011 : Les fonds euros perdent encore en avantage comparatif.
Pour approfondir les conséquences de la dégradation de la note de crédit sur les contrats d’assurance vie, vous pouvez relire l’article que nous avons rédigé en Aout 2011, lors de la dégradation de la note de crédit des états unis : Assurance vie, fonds euros et baisse de la note de crédit des Etats Unis
L’immobilier et surtout les terrains à bâtir… Une valorisation qui pourrait connaître une pression à la baisse.
L’immobilier est un actif dont la valeur est lié au niveau général des taux d’intérêt pour plusieurs raisons :
- Résidence principale : La capacité d’achat des candidats acquéreurs est liée au taux d’intérêt : Plus les taux seront bas, plus le montant que les candidats emprunteurs pourront emprunter sera important. Une hausse des taux d’intérêt a pour conséquence de réduire la capacité d’achat des acquéreurs.
- Résidence locative : La valeur de l’immobilier locatif est fonction du niveau général des taux d’intérêt. Une hausse des taux d’intérêt aura pour conséquence de faire baisser la valeur de l’immeuble.
Prenons un exemple simple pour comprendre la mécanique.
En 2010, un investisseur a acheté un bien immobilier SCELLIER dont le rendement (loyer/prix d’acquisition) est de 4%. Pour une acquisition de 100 000€, le revenu généré par l’investissement est de 4000€.
En 2019, alors que l’obligation de louer le bien est levée, l’investisseur désire revendre son immeuble. En 2019, la situation générale des taux a évoluée et le taux demandé n’est plus de 4% mais de 8% (8% étant un niveau proche de la moyenne historique). Entre 2010 et 2019, le montant du loyer a augmenté pour atteindre 5000€.
Lorsqu’il s’agira de revendre son immeuble, l’investisseur exigeant un rendement de 8%, le loyer de 5000€ permet de déterminer une valeur d’immeuble d’environ 62500€, soit une baisse de 37,5%.
L’immobilier n’est clairement pas l’investissement à privilégier actuellement. Il s’agit même d’envisager de le céder afin d’éviter cette prochaine baisse des prix.
Pour mieux comprendre, je vous engage à relire notre étude sur l’évaluation des prix d’un investissement en location meublée (Prix de revente d’un LMNP CENSI BOUVARD ou LMP : Estimation et perspectives) et notre analyse des conséquences de l’inflation sur la valeur des biens immobiliers (Evaluer le prix d’une maison et les conséquences de l’inflation sur le prix de l’immobilier)
Les actions : Une pression à la baisse sur les valorisations, mais une capacité à résister.
Comme je vous le présentais en propos liminaire, la théorie générale de l’évaluation des actifs réalise un lien entre valeur d’un actif et taux d’intérêt : la hausse des taux d’intérêt aura pour conséquence de réduire la valeur de tous les biens.
Par contre, si certains actifs restent passifs devant la valorisation, la valeur de certains biens n’est pas uniquement liée au taux d’intérêt. Si la valeur des obligations et des biens immobiliers est mathématiquement fonction du niveau des taux, la valeur d’une action n’est pas aussi simple à déterminer.
La valeur d’une action est déterminée par le niveau des taux mais également et surtout par la capacité des entreprises à dégager des bénéfices. A long terme deux forces sont en opposition :
- La hausse des taux a pour conséquence de réduire la valeur des actions et donc des entreprises selon la théorie générale de la finance.
- La capacité de l’entreprise à adapter son business modèle à son environnement, et donc à l’augmentation des taux d’intérêt, permet de limiter la baisse. L’ADN d’une entreprise est de réaliser un bénéfice quelque soit environnement; une entreprise qui ne s’adapte pas, meurt. Cette capacité d’adaptation est une vrai valeur pour l’investisseur et cela crée actuellement une opportunité d’investissement à long terme.
Bref, malgré la pression à la baisse sur la valorisation des actifs, les actions, ou plutôt l’investissement dans l’entreprise et dans l’économie réelle est très certainement la seule opportunité d’investissement actuellement. La volatilité actuelle ne facilite pas les décisions mais à long terme c’est l’économie réelle et la création de valeur qui pourront offrir la meilleure protection pour votre patrimoine.

